Oscar_Wilde_(1854-1900)_188_unknown_photographer[1]

Endymion

(Pour la musique)

 

Les pommes d’or pendent aux arbres

Et les oiseaux pépient en Arcadie.

Les moutons bêlent dans leur parc,

Les cabris sautent sur les collines.

Hier, il avoua son amour,

Et je sais qu’il me reviendra.

Ô lune qui se lève ! Ô Séléné !

Sois sa gardienne. C’est lui,

Tu ne peux en douter, tu le connais si bien !

Il est chaussé de sandales pourpres.

Tu ne peux en douter, tu connais mon amour :

Il tient aussi la houlette du pâtre,

Il est plus doux que la colombe,

Et ses cheveux bruns sont bouclés.

 

La tourterelle n’appelle plus

Son fiancé aux pieds d’écarlate.

Le loup gris rôde autour de l’étable,

Le sénéchal chantant du lis

Dort au cœur des clochettes, et l’ombre

Confond les collines violettes.

Ô lune qui se lève ! Ô sainte lune !

Reste au sommet d’Hélice

Et si tu vois mon véritable amour

Ah ! si tu vois ses sandales de pourpre,

Sa houlette de coudrier, ses cheveux bruns,

Sa peau de chèvre sur son bras,

Dis-lui que je l’attends là où

La chandelle vacille dans la métairie.

 

Froide et glacée, la rosée tombe,

Et nul oiseau ne chante plus en Arcadie.

Les petits faunes ont quitté les collines.

Même les jonquilles fanées

Ont refermé leurs corolles d’or, et

Mon amour vers moi ne revient pas.

Menteuse lune ! menteuse lune ! Ô lune à ton décours,

Où mon amour s’est-il enfui ?

Où sont ses lèvres vermillon,

La houlette du pâtre et les sandales pourpres ?

Pourquoi étendre cette écharpe d’argent

Et ce voile de brume flottante ?

Ah ! tu as pris le jeune Endymion

Et ses lèvres qu’on voudrait tant baiser !

 

Traduit de l’anglais par Bernard Delvaille

In, Oscar Wilde : « Œuvres »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1996

Du même auteur :

La ballade de la geôle de Reading / The ballad of Reading Gaol (11/08/2017)

Bords de l’Arno / By the Arno (11/08/2018)

Désespoir / Desespoir (10/08/2019)

 

Endymion

(for music)

The apple trees are hung with gold,

    And birds are loud in Arcady,

The sheep lie bleating in the fold,

The wild goat runs across the wold,

But yesterday his love he told,

    I know he will come back to me.

O rising moon! O Lady moon!

    Be you my lover’s sentinel,

    You cannot choose but know him well,

For he is shod with purple shoon,

You cannot choose but know my love,

    For he a shepherd’s crook doth bear,

And he is soft as any dove,

    And brown and curly is his hair.

 

 

 

The turtle now has ceased to call

    Upon her crimson-footed groom,

They grey wolf prowls about the stall,

The lily’s singing seneschal

Sleeps in the lily-bell, and all

    The violet hills are lost in gloom.

O risen moon! O holy moon!

    Stand on the tope of Helice,

And if my own true love you see,

Ah! if you see the purple shoon,

The hazel crook, the lad’s brown hair,

    The goat-skin wrapped about his arm,

Tell him that I am waiting where

    The rushlight glimmers in the Farm.

 

 

 

The falling dew is cold and chill,

    And no bird sings in Arcady,

The little fauns have left the hill,

Even the tired daffodil

Has closed its gilded doors, and still

    My lover comes not back to me.

False moon! False moon! O waning moon!

    Where is my own true lover gone,

    Where are the lips vermilion,

The shepherd’s crook, the purple shoon?

Why spread that silver pavilion,

    Why wear that veil of drifting mist?

Ah! thou hast young Endymion,

    Thou hast the lips that should be kissed!

 

 

Poème précédent en anglais :

Emily JaneBrontë : « Je viendrai quand ... » / « I’ll come when… » (01/07/2019)

Poème suivant en anglais :

Robert Graves : Tiède toile / Cool web (30/08/2020)