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Le prisonnier

 

Pour que mon âme ne vieillisse pas

de solitude, d’obscurité, de manque d’affection

je dessine sur le mur de ma cellule

une rose

que le geôlier hume...   et il pleure

je dessine des visages de femmes souriantes

des arbres que le vent secoue le soir

je dessine un oiseau

je déplie le ciel pour ses ailes

je dessine un cœur transpercé d’une flèche

et j’écris le mot « amour... »

je dessine un papillon chargé de lumière

de pollen de fleur

et du bruissement de cils des anges,

des étoiles bleues qui brillent dans les rêves des morts,

une lune timide qui embellit la peur de ceux qui fuient dans la nuit,

je dessine des sentiers qui grimpent la montagne,

des marches blanches

aidant les anges dans leur ascension au péché

puis j’y rajoute les chèvres

les bergers

et les amoureux qui – de leurs chansons –

pavent la voix du ciel,

je dessine des violettes des gazelles et des cyclamens

je dessine un grand taureau vert

qui guide les oiseaux vers mes poèmes

et je n’oublie pas

 

 

je n’oublie pas enfin

d’inscrire une porte large et maniable

par où les amoureux se faufilent

pour me consoler

à

minuit

chaque

nuit

1991

 

 

Traduit de l’arabe par Saleh Diab

in, « Poésie syrienne contemporaine. Edition bilingue »

Le Castor Astral éditeur, 2018

Du même auteur :

La porte de l’étable (10/08/2018)

Rendez-vous (10/08/2019)