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Hors du manteau, la lumière

De ta chair, nymphe Calixto,

En pleine étoile se libère

Du clair du jour et nous éclaire

Tard ou, suivant la saison, tôt.

Mais qu’importe si l’on préfère,

Jailli du manteau de ta chair,

Ton cœur lui-même sombre et clair.

 

Que l’éclat sombre sur les rives

Où ta chair décline un couchant

Erotique au ciel où s’inscrivent

Nord, Sud, Est, Ouest et leurs dérives

Et les ourses qui dans ce champ

Vont brouter des herbes cursives,

Aurores, nuages, lueurs

Et boire aux rêves les sueurs.

 

C’est l’heure où les robes s’écroulent,

Où les cuisses, le ventre rond,

Un sourire sous la cagoule,

Les hanches, la croupe qui roule

Vigne promise au vigneron,

Au bain de la nuit qui s’écoule

S’abandonnent dans les baisers

Et s’irritent pour s’apaiser.

 

Avec des femmes que j’ignore,

Ô mes amis d’Outre-Océan,

Sous un plafond de météores

Vous déterrez la mandragore.

Je suis toujours du même clan,

Je guette au même sémaphore,

Nymphe prétexte, Calixto,

Le prochain signal de morte-eau.

 

Que ton chariot, avec ses roues,

Ne puisse franchir l’horizon,

Ou qu’Artémis, le vent en proue,

Te rencontre en ours garoue

Et t’ajoute à ses venaisons,

Que ton sang colore la boue

Avec celui, ô libation,

Du fruit de ta parturition.

 

Au ciel des couches solitaires

Enfantant des rêves de feu

Ou de glace ou sentant la terre.

Sur les étreintes adultères,

Sur l’équivoque et sur le jeu

Dessinant ton quadrilatère,

Tu es froide comme le Nord,

Nymphe en peine, vaisseau sans port.

 

Depuis longtemps tu fais la bête

Mais la belle est sous le manteau,

Ainsi dans le poisson l’arête,

Ainsi sous ta chair le squelette

Sur quoi se brise le couteau,

Ainsi la pensée en tête,

Le souvenir, le voeu, l’espoir,

La lumière pour mieux voir.

 

Et de même sous le langage

Se dissimulent maints secrets.

La toute belle en ses bagages

Cache l’étoile aux bons présages

Et le prisonnier aux aguets,

Rêve de belle et de voyages

Comme aux jours de la nef Argo

Dont les marins parlaient argot.

 

Calixto

Editions Gallimard, 1962

Du même auteur :

J’ai tant rêvé de toi (06/08/2014)

Les espaces du sommeil (06/08/2015)  

Ô douleurs de l’amour ! (06/08//2016)

Infinitif (06/08/2017)

Baignade (06/08/2018)

De la rose de marbre à la rose de fer (06/08/2019)