30 juillet 2020

Yousouf Al-Khal / يوسف الخال‎ (1917 - 1990) : Les compagnons

Portrait de Yousouf Al-Khal par  Maha Bayrakdar  Al-Khal   Les compagnons   Je me rappelle qu’ils étaient      un fagot de rebelles. Chacun d’entre eux avait creusé son sillon      en parcourant les mers, et sur le sentier des révolutions, à leur suite,      l’eau avait jailli des durs rochers amoncelés. Mai soudain sur eux se sont acharnés les vents      et ils sont tombés, dispersés, envolés, certains ayant cherché... [Lire la suite]
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30 juillet 2020

Anthony Lhéritier (1912 – 1993) : Retours

Anthony Lhéritier en 1992   Retours   Me voici revenu d’inutiles voyages Je ne sais plus, plus loin, quels soleils tropicaux Ont brûlé mon regard et sculpté mon visage Au roulis sans sommeil de quels obscurs cargos.   C’est loin, je ne sais plus où saigne ma tristesse De quel port dans la nuit rôde le souvenir Escale de misère, il pleuvait, où était-ce ? Je ne sais plus. A l’aube, il fallait repartir.   Et puis ailleurs encore, après quelque bagarre Quel nègre épileptique aboyait comme un chien ... [Lire la suite]
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29 juillet 2020

Jean Rousselot (1913 – 2004) : Sept petites plaintes

      Sept petites plaintes   Comment dire Et pourquoi   A quel égal que j’ignore   Ce charroi cette ornière Ce tremblement Ces choses qui s’affolent Sous la roue   Et que je suis tout cela Roue et douleur Parois pavés paroles pour Trembler   Trembleur qui creuse l’ornière Comme on bricole   * A quoi bon maintenant Que tu m’as livré aux menues bêtes du temps Feindre de durer   Le voudrais-je comment subsister Si je n’ai plus à brouter Le chèvrefeuille de... [Lire la suite]
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28 juillet 2020

Guido delle Colonne (1210 – 1287) : « Amour, qui si longuement m’as mené... » / « Amor, che lungiamente m’hai menato... »

    Amour, qui si longuement m’as mené A courte bride et sans perdre haleine, Je t’en supplie, relâche un peu les rênes, Je suis fourbu de cette rude course. J’ai enduré à ce jour trop de maux Pour vous, ma dame, à qui je suis plus lige Que ne l’est à son maître un haschischin Consentant à mourir par loyauté.      Aimer est un délicieux supplice, Et bien le nomme-t-on un doux martyre, Mais cependant, ma dame, ayez pitié Du grand chagrin qui me ronge et dévore : Ce mal n’est doux que... [Lire la suite]
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27 juillet 2020

Alain Patrice Nganang (1970 -) : « je suis né... »

  je suis né là où le marigot disparaît / sous sa peau de déchets et les maisons sous le voile de sa colère saisonnière là dans le voisinage des vécés / j’ai passé mon enfance forgé mes rêves de large dans la crinière folle de l’eau qui mugit / je me suis baigné enfant là où la ville déverse ses ordures / ses cadavres dans sa maison dont nous aurions déguerpi dans vingt-quatre heures j’ai pataugé garçon là dans la boue / des blanchisseurs du tout Yaoundé dans la gueule béante de l’esprit des eaux qui ne... [Lire la suite]
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26 juillet 2020

L’Atharva-Véda / अथर्ववेद (environ 900 avant J.C.) : Le Souffle

  Le souffle   Hommage au Souffle ! Sous son contrôle      est cet univers. Il est le maître de toutes choses. Tout a en lui ses assises.   Hommage, ô Souffle, à ta clameur, hommage à ton  tonnerre ! Hommage, ô Souffle, à ton éclair, Hommage à toi, Souffle, quand tu pleus !   Quand le Souffle avec son tonnerre traverse les plantes en rugissant, celles-ci son fécondées, reçoivent les germes de vie, et renaissent en grand nombre.   Quand la saison... [Lire la suite]
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25 juillet 2020

Anne Bihan (1955 -) : Amer I

  Amer I     ...elle a toujours été là, dans le mouvement du fleuve, a toujours été par tout temps son horizon, son infini, à la démesure du ciel, pas de première fois, mémoire vide, juste le récit familial de bébé de deux mois dans l’été 1955 qui prend le bateau pour aller jusqu’à l’île ; et son odeur – iode, goémon, marée – sûrement a pénétré en premier le corps par les narines, cela sent ressent tout à cet âge ; ou alors c’est avant déjà bien avant, écrit dans l’immensité bleue des yeux du père,... [Lire la suite]
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24 juillet 2020

Jean -Pierre Claris de Florian (1755 – 1794) : Le lion et le léopard

    Le lion et le léopard     Un valeureux lion, roi d'une immense plaine, Désirait de la terre une plus grande part, Et voulait conquérir une forêt prochaine,           Héritage d'un léopard.   L'attaquer n'était pas chose bien difficile ; Mais le lion craignait les panthères et les ours, Qui se trouvaient placés juste entre les deux cours. Voici comment s'y prit notre monarque habile : Au jeune léopard, sous prétexte d'honneur, ... [Lire la suite]
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23 juillet 2020

Jehan-Rictus (1867 – 1933) : Et quant à moi pour le présent

Jehan-Rictus par Steinlen   XVII   Et quant à moi pour le présent J’vourais qu’mes faims soy’nt assouvies, J’veux pus marner, j’veux viv’ ma vie Et tout d’suite et pas dans dix ans !   Car c’ soir j’ai comme un r’gain d’ jeunesse Un tout petit, oh ! bien petit, Et si ce soir j’sens ma détresse Demain je r’tomb’rai abruti ! V’là Lazar’ qui veut s’couer sa cendre Et flauper l’Monde à coups d’linceul ! La liberté où j’vais la prendre ! J’vas êt’ mon Bon Guieu moi tout seul !... [Lire la suite]
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22 juillet 2020

Jean Sioui (1948-) : « J’ai gravé sur le fleuve... »

  J’ai gravé sur le fleuve les rides de ma face   Monter le canot de l’orage   A grands coups d’aviron j’ai battu le temps qui n’en finit plus de mentir   Le soleil obscurci de whisky blanc a coulé dans le dos de l’histoire   Intoxiqué des discours de l’autre monde je mes suis enfermé dans une réserve éthylique   Une nausée me pousse verse ma plume   Les mots se lèvent sur les sangles qui liaient le vrai sauvage   Avant le gel des visages je remonte les labours du ciel ... [Lire la suite]
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