yusuf-al-khal-1-2017-01-10-01-03-49[1]Portrait de Yousouf Al-Khal par  Maha Bayrakdar  Al-Khal

 

Les compagnons

 

Je me rappelle qu’ils étaient

     un fagot de rebelles.

Chacun d’entre eux

avait creusé son sillon

     en parcourant les mers,

et sur le sentier des révolutions, à leur suite,

     l’eau avait jailli

des durs rochers amoncelés.

Mai soudain

sur eux se sont acharnés les vents

     et ils sont tombés,

dispersés, envolés, certains ayant cherché refuge

à l’ombre ancienne des palmiers.

Hélas, les voici tous à présent

     comme branches brisées !

 

J’aurais tant aimé les voir au terme

     de leur tâche,

l’édifice enfin achevé, alors que le voilà toujours

     en chantier,

sans muraille pour le protéger,

sans toit pour conduire à la terre

     les flots de la pluie.

Dehors : tonnerre, éclairs, averses...

Mais ils ont la consolation de celui qui, perdu

dans le labyrinthe du temps, laisse au moins sa trace :

     l’empreinte d’un pas

     où deux pieds bientôt trouveront place...

     le souvenir d’un geste raconté

     qui fait signe

à ceux qui viendront. Car le chemin

     est toujours commencement ;

     car le soleil est là

     et les monts et la mer...

Allons, pas de danger

à craindre des voleurs : sur la route

le Samaritain toujours passe, et toujours

sa main pansera nos blessures...

 

Traduit de l’arabe par René Rizqallah Khawam

in, « La poésie arabe »,

Editions Phébus (Libretto), 1995

Du même auteur : Le voyage (31/07/2019)