20 juin 2020

Fernando Pessoa (1888 – 1935) : Le Gardeur de troupeaux / O Guardador de rebanhos (XXXI - XLIX)

  XXXI Si je dis parfois que les fleurs sourient et s’il m’advient de dire que les fleuves chantent, ce n’est pas que je croie qu’il y ait dans les fleurs des sourires et dans le cours des fleuves des chansons... C’est parce que ainsi je fais sentir davantage aux hommes faux l’existence authentiquement réelle des fleuves et des fleurs...   Comme j’écris pour qu’ils me lisent je me sacrifie parfois à la grossièreté de leurs réactions... Je suis en désaccord avec moi-même, mais je m’absous, parce que je suis... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:01 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

19 juin 2020

Florence Pazzottu (1962 -) : « éteint l’amer rivage... »

  éteint l’amer rivage où murit toute attente mais d’une ardeur étreinte et pure, douce, à flanc de perte ourdie le silence peuplé de la mer                     * déposé tout visage loin des rives enfiévrées voix offertes au corps sans âge du silence le nu est océan nul exil                     * viens ou si tu ne viens pas... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
18 juin 2020

Ronald Stuart Thomas (1913 - 2000) : Dans les collines galloises / The welsh hill country

  Dans les collines galloises   Trop loin pour que vous voyiez La douve, le piétin et le gros asticot Qui sorti des petits os ronge la peau. Les moutons paissent à Bwlch-y-Fedwen, Disposés dans la tradition romantique Sur arrière-plan de pierre dénudée.   Trop loin pour que vous voyiez La mousse, la moisissure sur les cheminées froides, Les orties traversant les portes défoncées, Les maisons sont vides à Nant-yr-Eira, Il y a des trous dans les toits, le chaume c’est le soleil, Et les champs s’en... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
16 juin 2020

Jean Tardieu (1930 – 1995) : Le paysage

  Paris 1954   Le paysage          Non, la terre n'est pas couverte d'arbres, de pierres, de fleuves : elle est couverte d'hommes.     Si les meilleurs sont enfermés dans un long supplice, s'il n'y a plus que le mensonge qui se montre, chamarré de fausses prairies,      si quelqu'un te dit : "Admire le soleil !" - et tu ne vois que le miroitement de la boue, ou bien : " Fais ton devoir !" - et on te tend un couteau pour égorger ta mère et ton... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 23:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
16 juin 2020

Heinrich Heine (1797 – 1856) : « Le pâle soir descend sur la mer... » / « Abendlich blasser wird es am Meer... »

       Le pâle soir descend sur la mer ; Tout seul, comme une âme en peine, Un homme est assis là-bas, sur la grève déserte ;  Il lève ses yeux glacés de moribond Vers les mornes espaces du firmament, Puis regarde la mer, immense et ondoyante. – Et par-dessus l’immense et ondoyante mer S’envolent ses soupirs, semblables à des aéronautes ; Puis ils reviennent, tout attristés D’avoir trouvé fermé ce cœur Où ils pensaient jeter l’ancre. – Tant il gémit que les blanches mouettes, Tout... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
15 juin 2020

Roger Milliot (1927 -1968) : « La pierre... »

  La pierre passe aussi Par le froid de la mort   Laissant la lumière dehors Garde la nuit sans fêlure Mais soit clair Si l’on te fend.   Qui ? Edition complète et définitive Mostra del Larzac, 1969 Du même auteur : Pour une mort choisie (08/07/2014) « Je me forçais à naître chaque jour… » (15/06/2016) Ville (15/06/2017) « Il y a ce corridor sans fenêtre... » (14/06/2018) Qui ? (14/06/2019)
Posté par bernard22 à 00:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

14 juin 2020

Michel Dugué (1946 -) : Nocturnes

    Nocturnes Pour Jeanine   I Le noir te sied ainsi le blanc à la morte.   Fallait-il le dire à toi ?   Si parfaitement proche comme absente en ces instants où les couleurs t’habitent.   II Et toi, marchant dans l’ombre qui s’engrange. De toutes rumeurs, tu gardes celle du flot ressassant la plainte antique.   Et toi, conservant de l’été ces mêmes bruissement d’élytres, tu appuies la mémoire à ses recoins d’ombre.   Je sais ! De la brume peut surgir... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
13 juin 2020

Yves Bonnefoy (1923 – 2016) : Le fleuve

   Le fleuve   Mais non, toujours D’un déploiement de l’aile de l’impossible Tu t’éveilles, avec un cri, Du lieu, qui n’est qu’un rêve. Ta voix, soudain, Est rauque comme un torrent. Tout le sens, rassemblé, Y tombe, avec un bruit De sommeil jeté sur la pierre.   Et tu te lèves une éternelle fois Dans cet été qui t’obsède. A nouveau ce bruit d’un ailleurs, proche, lointain ; Tu vas à ce volet qui vibre... Dehors, nul vent, Les choses de la nuit sont immobiles Comme une avancée d’eau dans la... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
12 juin 2020

Wisława Szymborska (1923 – 2012) : La femme de Loth / Żona Lota

  La femme de Loth   Je me suis retournée, parait-il, par curiosité. Mais je pouvais avoir d’autres raisons encore. Je me suis retournée par regret de ma coupe d’argent. Par mégarde, en renouant le lacet de ma sandale. Pour ne plus voir la nuque intègre de Loth mon époux. Certaine soudain que si je tombais morte, il ne prendrait même pas le temps de s’arrêter. Par l’insoumission des humbles. Pour guetter les clameurs de la poursuite. Frappée par le silence espérant que Dieu avait changé d’avis. Nos deux filles... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 01:02 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :
11 juin 2020

Haïm Gouri (1923 – 2018) / חיים גורי : « Autrefois une colombe... »

  Autrefois une colombe descendit sur mon épaule, des cieux, très légère, des toits de la ville compatissante.   Nous étions silencieux tous deux une heure entière et le vent entre nous. Je voulais lui dire : innocente colombe, colombe innocente, j’ai trouvé un abri pour toi.   Autrefois une colombe se précipita vers mon épaule. Blanche, chaude.   Quand je la touchai de mes lèvres son plumage devint rouge.   Traduit de l’hébreu par Michel Eckhard et Benjamin Ziffer in, Revue... [Lire la suite]
Posté par bernard22 à 00:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :