pierre-dhainaut[1]

 

Parole, arbre de paix

 

Nous l’ignorons d’abord, mais la confiance nous habite,

depuis longtemps ce bruit nous saisit, qui ruisselle,

qui s’accroit sur les murs où le lierre est inerte encore,

quelle source en avril est plus intense ? Une journée

comme une année s’ébranle avec le chant des grives.

La maison s’en imprègne, se rassemble, se déploie.

Quand les yeux s’ouvriront sans être avides,

ils n’auront rien à vérifier, ils croiront la parole

et la parole transmettra l’inépuisable.

 

Si nous le prononçons pour lui-même, ce nom d’« arbre »,

nous n’aurons qu’une envie, servir à nouveau

la syllabe ardente. Que les branches soient noires

ou rayonnantes, bruissantes, que ce soit orme ou saule,

l’écorce aussitôt se déchire, le tronc brûle et s’élève :

il dit l’entente, il dit l’appel qui vient du monde

autant que de la langue. Aucune voix ne tombera,

qu’il anime, qu’il oblige à la plus juste écoute,

le soir également, la terre est la terre promise.

 

In, Jean-Pierre Lemesle : « Les plus beaux poèmes pour la paix. »

Le cherche midi éditeur, 2005

Du même auteur : Levées d’empreintes (26/06/2019)