DH-Lawrence[1]

 

Renaissance

 

Nous n’avons pas mordu dans la pomme interdite,

          Eve ni moi

Pourtant les éclats du jour et de la nuit

Tombant autour de nous, ne pommèlent plus

La même vallée de violet et de blanc.

 

C’est bien notre paisible val,

          Notre Eden, notre demeure ;

Mais le jour la fait voir qui sent intensément,

Er la pâleur de la nuit ne s’accorde pas

Au sommeil profond qui lui faisait un toit.

 

La petite génisse rouge : ce soir je l’ai regardée dans les yeux :

          Elle vêlera demain.

Hier soir, quand je passais avec ma lanterne, la truie happait sa portée

Dans un rouge rictus de mâchoires ; et j’entendais les cris

Des nouveau-nés, puis le vieux hibou, puis les chauves-souris voletantes.

 

Et je me suis éveillé au chant du ramier ; couché, j’écoutais

          Me sentant à la fin capable d’emprunter

Quelques battements rapides au cœur du ramier ; et à mon lever

J’ai vu le soleil du matin luire sur l’iris agité

Et j’ai su que cette demeure, cette vallée, s’ouvrait plus large qu’un Eden.

 

Je l’ai tout appris de mon Eve,

          La chaude, la muette sagesse ;

Elle instruit plus vite que les années ;

A mon pouls avisé elle a fait accueillir

D’étranges pulsations, outre rires, outres larmes.

 

Je sais donc maintenant la vallée

          Toute charnelle contre moi

Vibrante d’émotions changeantes,

Heurtées et qui pourtant semblent concordantes,

Comme les heurts de la rivière

          La portant vers la mer.

 

Traduit de l’anglais par J.J. Mayoux

In, « D.H. Lawrence : Poèmes/Poems »

Editions Aubier (Collection bilingue), 1976

Du même auteur :

La nef de mort / The ship of death (10/06/2015)

Désir de printemps / Craving for spring (10/06/2016)

Ombres / Shadows (10/06/2017)

Les secrètes eaux / The secret waters (09/06/2018)

La lande sauvage / The wild common (10/06/2019)

 

Renascence

 

 

We have bit no forbidden apple,

          Eve and I,

Yet the splashes of day and night

Falling round us, no longer dapple

The same valley with purple and white.

 

This is our own still valley,

          Our Eden, our home;

But day shows it vivid with feeling,

And the pallor of night does not tally

With dark sleep that once covered the ceiling.

 

The little red heifer: to-night I looked in her eyes;

          She will calve to-morrow

Last night, when I went with the lantern, the sow was grabbing her litter

With snarling red jaws; and I heard the cries

Of the new-born, and then, the old owl, then the bats that flitter.

 

And I woke to the sound of the wood-pigeon, and lay and listened

          Till I could borrow

A few quick beats from a wood-pigeon's heart; and when I did rise

Saw where morning sun on the shaken iris glistened.

And I knew that home, this valley, was wider than Paradise.

 

I learned it all from my Eve,

          The warm, dumb wisdom;

She's a quicker instructress than years;

She has quickened my pulse to receive

Strange throbs, beyond laughter and tears.

 

So now I know the valley

          Fleshed all like me

With feelings that change and quiver

And clash, and yet seem to tally,

Like all the clash of a river

Moves on to the sea.

 

The Complete Poems of D. H Lawrence

Heineman, 1964

Poème précédent en anglais :

Jack Kerouac : 67ème chorus / 67th chorus (27/03/2019)

Poème suivant en anglais :

Ronald Stuart Thomas : Dans les collines galloises / The welsh hill country (18/06/2020)