dauphin-coperta[1]

 

VIII

 

Quand nos âmes seront réunies depuis des milliers d’années

Et que nous pèserons moins que des nuages sur la cime des montagnes

Quand, même la faible lumière du couchant fera frissonner les feuilles

Plus que ne le feront nos souffles aériens dans les branches.

 

Sans espace et sans temps. Transparents l’un dans l’autre

Chacun de nous étant l’autre enfin et lui-même

Je t’implorerai soudain : montre-moi un instant

En la forme que j’adorais autrefois sur la terre.

 

Oui, reprends pour un instant l’apparence visible

Ton visage qui était le parfum de ton âme

Ton rire dessinant ta bouche en ma mémoire

L’air aimait tant ton corps qu’il en gardait l’empreinte.

 

Ce que ton âme a pu oublier, mon amour se le rappelle

Et ainsi voletant parmi l’immense brume

Tes cheveux tes épaule sortiront de ton âme

Comme un insecte aux ailes inachevées d’une chrysalide.

 

Peu à peu les contours se préciseront. Ce sera

Cette promenade un soir dans le quartier de Paris

Nous voici dans le parc Montsouris sur un banc

La ville autour de nous déploie ses voiles

 

La mort n’aura connu nulle eau royale

Pour altérer l’or de ta face

Nulle destruction n’aura touché ton corps

C’est en vain que la mort demandera son salaire

 

Et pareilles aux bonnes qui devisent tranquillement

En surveillant les enfants qui jouent sur l’allée

De loin nos âmes regarderont indulgentes nos corps

Enlacés sur un banc dans l’éternel instant.

(Amoureux exil)

 

Contre-solitude

Editions Bordas, 1946

Du même auteur :

Mon peuple fantôme (08/06/2015) 

Eloge du silence (08/06/2016) 

Fragments (08/06/2017)

Mes amis, mes montagnes (08/06/2018)

Amitié du poète (08/06/2019)