Prix-Kowalski-crédits-Jeanne-Roux-e1580996021409-770x400[1]

Paysage au fusil (cœur) une fontaine

 

..................................................................

 

L’AUTOMNE EN NOUVELLE – ANGLETERRE

L’automne à Framingham aujourd’hui la pluie

Elle vient longuement sur un jardin seul et les pelouses

Est un mélange de banlieue de grands arbres le bruit

De l’autoroute est continu la présence de grands parkings

Jamais loin et l’une après l’autre les maisons

Elles oublient la guerre et la solitude et font semblant

De sourire avec leur pelouse et des couleurs tendres

La mienne aussi pas trop riche pourtant sensible

A pourtant l’automne à ses arbres ils joignent la pluie.

 

L’automne à Cohasset parmi les érables parmi

Des jolies maisons vieilles et la mer à Cohasset

Il est la saison que je préfère il a des arbres

Rouges parmi le jour et la lumière

Et le temps facile et lent le vert

De son green une maison que je connais

Comme un bateau confortable le bruit

De ses planches un grenier fermé le temps

La bouge à Cohasset parmi depuis longtemps l’automne.

 

L’automne dans la Nouvelle-Angleterre est-il

Capable d’être un lieu central pour un poème

Une fontaine encore et des couleurs en tout cas

J’y peux marcher parmi les bouleaux les érables

Et tel verger perdu comme un cœur donne des pommes

Dans les bois des oiseaux gelinottes soudaines

Y montrent le bleu déchirure et le silence mais

N’y paraît pas de fontaine aucun village autour

Un vrai silence et comme un lieu vraiment perdu rien

Ne répond sauf plus loin l’autoroute et là

Une carcasse dans l’herbe un camion défoncé.

 

Il y a pourtant des maisons proches des fermes

Seules et leurs silos des granges rouges

Des propriétés blanches leur pelouse au bord

Des bois désordre et ronces dans les jambes j’y suis

Dans l’automne et la Nouvelle-Angleterre et

Tel silence n’est pas tant solitude il parle

A l’écart de l’autoroute et des maisons neuves

De la beauté de la douleur et de la guerre au loin

Dans le temps l’espace et des pommes elles pourrissent.

 

Dans l’automne en Nouvelle-Angleterre Amérique

Abandonnée celle que j’aime un pommier perdu

Dans les bois la couleur solitaire des arbres

Au loin l’autoroute et les pelouses propres

Elles joignent pourtant presque désordre le bord des bois

Ca finit par une maison morte écroulée un verger

Délabré je ne comprends pas où le cœur

Quitte la violence et parvient le peut-il

Dans le silence un automne et le rouge ignoré d’une pomme.

 

Dans la lumière et les consonnes d’un

Dix-sept septembre après-midi après passage

Parmi des arbres des couleurs l’espace et

Parmi des maisons de moins en moins il y a

Le cœur (il est rouge et des pommes tel verger

C’est bien la même fontaine un lieu porté

Dans la lumière et les branchages d’un

Poème après passage en la mémoire et le présent

Parmi les mots pour automne et bonheur bousculés

Pommes tombées retour mais parenthèse oubliée...

 

 

OISEAUX QUI SONT DANS LE COEUR DES ARBRES

Ramiers dans les arbres les grands

au fond du dernier pâtis après

les chemins les derniers toits ramiers dans

les branches repos ils

y sont restés (peut-être) pourtant

combien de fusils tant de poèmes pourtant

les tracteurs les remembrements pourtant

dans les arbres toujours et ce mot ramier

(piège ou rien ?) dans ramure ou poème.

 

Pigeon plumes dans le centre du cœur

des arbres (grands chênes dans les bas)

ils sont arrivés par bande un soir

l’automne il pleut mais plumes chaudes cœur

balancé branches le temps le porte dans la pluie

le temps l’emporte un fusil braconnier tard

il revient tard et des oiseaux dans

son paletot mouillé l’automne il pleut longtemps.

 

 

 

     Tel paysage que les mots pierres sèches buissons le désordre vont dire soleil

presque le soir et de souvenirs mais si pauvres dans la rouille un vieux toit de

cabane un coteau je veux le voir faut-il passer par ce poème ou quel silence ?

 

     C’est un peu que je voudrais le bleu village oublié d’herbe et la lumière elle

m’emporte un automne et des perdrix (graines barbues, taupinières) dans un

pré clos poème la nostalgie (peut-être) plutôt rien  le temps permet que j’en

parle du silence et le paysage est creux – mais toujours : je saute (ou l’échalis,

perches pelées) à la ligne.

 

     (Tourterelle un cœur d’été l’avait entendue il fallait quitter les chemins pour

l’herbe et le ciel son bruit de cœur allait montrer les arbres dans l’infini silence

de la saison il semble que ce bonheur était désormais (merveille insignifiance)

le rouge qui envahit les joues.)

 

     Lieux, mots que mon père m’a dits (fontaine et fusil). J’aimerais savoir

qu’ils sont la violence et la tendresse de sa queue. De la mienne. Pour ne pas

devoir m’inquiéter de souvenirs et de poèmes qui seraient vides.

 

     Fusils longtemps silencieux soudain l’automne est rouge autour d’eux. La

peur et le bonheur sont ensemble au bord des buissons. Je me souviens des

visages que j’aime. Il n’y a pas besoin de fusil pour mourir.

 

     A force dans simulé mais réel phrase inutile ce désordre où les mots les

oiseaux d’en parler que je poursuis mais pas tant vraiment quelles fêtes ce

paysage et démêler où l’herbe griffe les jambes aussi cruellement bleus et

doux que ces mots le ciel creux dans les épines : je vous aime.

 

     Peut-être la lumière y est rêvée la parmi couleur des prés les buissons que

n’est dans les mots pris syntaxe ou ronce de ce poème que sachant cela le

plaisir s’achèvera déplié comme le bleu le vent l’apporte au soudain centre des

épines déchiré mais sourire et même que rien n’y soit

............................................................................................................................

 

Paysage au fusil (coeur) une fontaine

In, « Cahiers de poésie, 2 »

Editions Gallimard, 1976

Du même auteur :

Trois figures qui bougent un peu (19/03/2015)

Presque rien à Sidi Slimane, le temps qui vient (07/06/2018)

Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (I) (07/06/2019)

Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (II) (02/12/2019)

Paysage au fusil (coeur) une fontaine) (IV) (07/06/2021)