armand_robin_arbre_de_lecture[1]Association Liber-Terre de Pontivy, photo-montage avec une photo d’Armand Robin (à 17 ans).

 

Me conduire en des lieux écartés

 

     Avant que ma voix ne devienne isolée, j’eus mon pays près de moi. Les

fontaines, les joncs, les chevaux étaient les relais de mes voyages ; de lentes et

claires eaux étaient mes promenades ; et mon sommeil était d’un feuillage

tendrement et lentement gonflé de bruits.

*

Les fontaines, les plantes, les incertaines lunes

Furent mon logis ; les ronces méprisées furent ma fortune.

 

Les plantes lentement bruissantes et bougeantes

Aujourd’hui, malgré trente langues, trente sciences,

Seraient mon âme, ma vie en ses travaux enfin stagnante,

S’il n’y avait encore trente autres langues et sciences ;

Ma tête resterait ferme, après avoir été dix folies,

S’il n’y avait trente, quarante, mille autres folies.

Sans doute j’aurai besoin que les vents et les ruisseaux

Me guident, que les taureaux encore mettent leurs museaux

Dans mes jours abreuvés de lentes eaux.

     ... Je voulus désespérer une voix désespérée, la conduire en des lieux

écartés, la perdre et revenir souriant vers des plantes souriantes.

 

Le cycle du pays natal

Textes et photographies rassemblés par Françoise Morvan

Editions La Part Commune, 35000 Rennes

Du même auteur :

 « Sans parole, je suis toute parole… » (05/06/2014)

Sans Pays (05/06/2015)

l’Illettré (05/06/2016)

L’offre sans demande (05/06/2017)

Mon pays (05/06/2018)

Instant de pré (05/06/2019)