31 mai 2020

Jean Le Mauve (1939 – 2001) : Ma vie s’envaste

  Ma vie s’envaste   Je vous aime petites fleurs des champs piquées dans les poils d’herbe et vous aussi vaches à têtes carrées, grosses pâquerettes, broutant le pré qui touche au ciel, peignant un nuage avec votre queue. Je vous aime chenilles, escargots, paons du jour et vous aussi sales mouches. Je vous aime bourgeons sucrés, petites feuilles, petites flammes d’un vert pointu comme les yeux des chats et vous aussi grandes feuilles lisses comme des miroirs, et vous encore feuilles tombées, maquillées, trouées... [Lire la suite]
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30 mai 2020

Hector de Saint-Denys Garneau (1912 – 1943) : Dilemme

  Dilemme   Mais les vivants n’ont pas pitié des morts Et que feraient les morts de la pitié des vivants Mais le cœur des vivants est dur comme un bon arbre                          et ils s’en vont forts de leur vie Pourtant le cœur des morts est déjà tout en sang ... [Lire la suite]
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29 mai 2020

Óscar Arturo Hahn (1938 -) : Le corps interroge l’âme / El cuerpo le pregunta al alma

  Le corps interroge l’âme   Te souviendras-tu de moi après ma mort ? Te souviendras-tu du visage que tu avais lorsque tu habitais ma chair et que j’étais la demeure de tes nuits et de tes jours ?   Libérée du temps et de l’espace à quel moment te languiras-tu de moi ? et dans quel lieu prendras-tu le temps de te souvenir de l’amour avec son miel et ses poisons ?   Âme qui te dissous dans le tout quand perdue dans l’incommensurable tu penseras à moi  je serai cendres ... [Lire la suite]
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28 mai 2020

María Victoria Atencia (1931-) : Saint Jean

Saint Jean   Juin, jacaranda bleu qui déjà me laisse, mène-moi par la main au feu du solstice, je veux frôler les bougies tandis que le trèfle s’étend et qu’une mer me persuade que la beauté réconforte. D’incertaines marguerites battent la campagne et le fruit du figuier explose en lait et en miel.   La vie m’explore, aujourd’hui, hier et demain, avec une rapidité sans trêve, une notation sans fin. Le temps, toujours le temps : le temps, le temps, le temps : je sauterai tant que durera la corde des... [Lire la suite]
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27 mai 2020

Seamus Heaney (1939 – 2013) : Mère

  Mère   Alors que je pompe de l’eau, le vent chargé de crachats de pluie effiloche La corde d’eau qui coule. Elle se déroule, tel le placenta de l’air qui vient de naître, A chaque goulée du plongeur.   Je suis fatiguée de nourrir le bétail. Tous les soirs je manie le bras de cette pompe Une demi-heure d’affilée, pendant que les vaches, Dans l’étable, vident goulûment leurs abreuvoirs. Avant que je n’y aie fait monter le niveau de l’eau Elles le font baisser.   A la queue leu leu, elles sont... [Lire la suite]
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26 mai 2020

Patrice de La tour Du Pin (1911 – 1975) : La traque

  La traque   J’avais suivi tes pas perdus au fond des bois, Ils menaient aux ravins gonflés par les averses, Et là, je t’ai trouvée, abattue et sans voix, Frissonnant du froid de l’aube qui transperce.   Je te caressai sur tes ailes divines... Ne tremble pas toujours entre mes bras ouverts ; Je t’ai prise, dormant comme une sauvagine Blessée, ou lasse d’avoir volé sur la mer.   Sache que c’est pour ton sourire que j’ai fui, Que je t’ai portée aux longues heures de traque, Qu’au lever de... [Lire la suite]
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25 mai 2020

Angèle Vannier (1917 – 1980) : Vent printemps

  Vent printemps   Celles qu’on éteignait celles au blanc promises Celles qu’on habillait de silence et de froid Celles qui ronronnaient des leçons bien apprises Cœur battant cils baissés mais qui n’y croyaient pas.   Celles qu’on enfermait dans des chapelles grises Celles qu’on emmurait dans les plus hautes tours Celles qui n’attendaient qu’un signe de la brise Ont cassé leurs carreaux pour passer dans l’amour.   Nous t’embrasserons trois fois sur la bouche Chevalier printemps pas très comme il... [Lire la suite]
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24 mai 2020

Louis Aragon (1897 – 1982) : Air du temps

  Air du temps   Nuage Un cheval blanc s’élève et c’est l’auberge à l’aube où s’éveillera le premier venu Vas-tu traîner toute ta vie au milieu du monde à demi mort à demi endormi Est-ce que tu n’es pas fatigué des lieux communs Les gens te regardent sans rire Ils ont des yeux de verre Tu passes Tu perds ton temps. Tu passes Tu comptes jusqu’à cent et tu triches pour tuer dix secondes encore Tu étends le bras longuement pour vieillir N’aie pas peur Un jour ou l’autre il n’y aura plus qu’un jour et puis un... [Lire la suite]
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23 mai 2020

Adonis (1930 -) / أدونيس : Corps, 1

  1. Distancié de soi-même   La Terre n’était plus une blessure mais un corps comment va être possible le voyage entre la blessure et le corps et comment s’y établir ?   Ô médecins, droguistes, enchanteurs, astrologues vous qui le mystère déchiffrez me voici professionnel de vos secrets. Je me transmue en autruche : engloutir les braises du tragique digérer le granit du meurtre.   Professionnel de vos secrets : contempler le mystère de mes phases haletant comme qui veut... [Lire la suite]
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22 mai 2020

Evdokiya Petrovna Rostopchina / Евдокия Петровна Ростопчина (1811 – 1858) : «Vous penserez à moi...» / « Вы вспомните ...

  Vous penserez à moi, mais il sera trop tard, Vers mes steppes déjà je serai repartie ; Pour longtemps, pour toujours, cachée à vos regards. Mon image, soudain par l’absence éclaircie, Vous penserez à moi, mais il sera trop tard.   Vous passerez devant la maison triste et vide, Où vous trouviez toujours un chaleureux accueil Et vous demanderez, arrêté sur le seuil : « Elle n’est donc plus là ? » La calèche rapide Vous emportant, à moi vous penserez trop tard !     ... [Lire la suite]
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