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1. Distancié de soi-même

 

La Terre n’était plus une blessure

mais un corps

comment va être possible le voyage

entre la blessure et le corps

et comment s’y établir ?

 

Ô médecins, droguistes, enchanteurs, astrologues

vous qui le mystère déchiffrez

me voici professionnel de vos secrets.

Je me transmue en autruche :

engloutir les braises du tragique

digérer le granit du meurtre.

 

Professionnel de vos secrets :

contempler le mystère de mes phases

haletant comme qui veut s’installer dans son exil.

D’amour je divague

« mon espérance se disperse, je n’en maîtrise plus rien

tandis que mon intérieur brûle sans laisser d’ombre ».

 

En un instant

desséché / ruisselant

je m’éloigne / me rapproche

je romps en assaillant

je m’humilie / me trouble

et tout cela me distancie de moi.

 

Comment donner vue à mon corps sur moi-même ?

 

BILLET DE SOLEIL – LE – BOUFFON

 

L’assaut de deux lèvres entre ses deux cuisses répète

une histoire à répétition

dès à présent le toujours illumine

dès à présent oreille l’inaugural

A / B / D = B / D / A

Engloutis-le, pulsation maîtresse du mystère

deviens son rythme à lui

accorde à sa tête

de s’abîmez entre tes bras

lui l’éprouvé, le purifié

le flux jaillissant, l’autel ruisselant

de sperme et de lumière

 

Traduit de l’arabe par Jacques Berque

In, Adonis «  Singuliers »,

Editions Sindbad / Actes Sud, 1994

Du même auteur :

l’amour où l’amour s’exile (23/05/2015)  

Pays des bourgeons (23/05/2016)

Miroir du chemin, chronique des branches (23/05/2017)

Au nom de mon corps (23/05/2018)

Chronique des branches (23/05/2019)