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Qu’y pouvons-nous ?

 

Et maintenant

l’âme vide une fois

encore,

je contemple le lent partage des jours

qui me poussent vers je ne sais quel destin

sombre, pressenti

sans curiosité aucune. C’est ennuyeux

de savoir et de ne pas savoir, de se tromper

et d’avoir raison. Et d’être sûr de soi

est aussi insupportable dans bien des cas

que douter, céder, se décomposer.

 

Rassuré, sain et sauf, maintenant

que la douleur est passée,

j’observe l’inquiétude comme s’il s’agissait d’une trace

fondue sur mon dos

avec l’épais limon

des évènements quotidiens, voués

- avant que d’être des souvenirs – à l’oubli.

 

L’indifférence face à son propre sort

n’est pas meilleure compagne que l’angoisse,

et mon sourire

(quand le hasard nous met,

                                            mon vieil amour,

                                                                          face à face)

ne représente autre chose que l’absence

d’un geste plus juste

pour signifier la sèche, la douloureuse,

l’irréparable perte des larmes.

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet,

In « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 »

Actes Sud / Editions Unesco, 1995

Du même auteur :

Monde inquiétant (18/05/2015)   

Synesthésie (18/05/2016)

Anniversaire d’Amour / Cumpleaños de amor (18/05/2017)

Ce sont les mouettes, mon amour / Son las gaviotas, amor. (18/05/2018)

Le vaincu / El derrotado (18/05/2019)