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Le balcon donne sur le jardin. Les murs bas

et harmonieux. Le grand portail fermé.

Un homme entre sans lumière, il écrase

les buissons de jasmins, ses pieds

gémissent, il ne regarde rien. Septembre

recouvre la terre, de lents nards montent

et les pigeons élèvent de leurs ailes

l’air, le soleil, et la mer repose tout près.

Le vent ne brûle plus. Dans ses pas, l’eau

arrose lentement l’alentour, les seringas

s’offrent en chœur. Les insectes grimpent

pour vivre sur les feuilles. Une barbe

repose sur sa poitrine, il poursuit sa marche

dans le noir. Il sème la mort, oiseaux

noirs dans le ciel, feuilles qui tombent,

et l’eau qui reste figée dans la glace.

Le jardin est misérable, et l’absence

l’habite déjà comme s’il s’agissait

d’un cœur... terre jadis verdoyante.

Il passe la petite porte. Des hurlements

viennent de la campagne, et une ombre froide

pénètre sur le balcon, c’est un souffle

de mort puissante. C’est la maison

qui peu à peu s’écroule, humide et solitaire.

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Freyssinet

In, « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 »

Actes Sud / Editions Unesco, 1995 

Du même auteur :

Se regardant dans la fumée / Mirándose en el humo (11/05/2017)

Quand je suis encore la vie / cuando yo aún soy la vida.(11/05/2018)

Le pacte qui me reste (11/05/2019)

 

 

El balcón da al jardín. Las tapias bajas

y gratas. Entornada la gran verja.

Entra un hombre sin luz y va pisando

los matorrales de jazmín, le gimen

los pies, no mira nada. Qué septiembre

cubre la tierra, lentos nardos suben,

y suben las palomas con las alas

el aire, el sol, y el mar descansa cerca.

El viento ya no quema. Riegan lentos

los pasos que da el agua, las celindas

todas se entregan. Los insectos se alzan

a vivir por las hojas. En el pecho

le descansan las barbas, sigue andando

sin luz. Todo lo deja muerto, negras

aves del cielo, caedizas hojas,

y cortada en el hielo queda el agua.

El jardín está mísero, y habita

ya la ausencia como si se tratase

de un corazón, y era una tierra verde.

Cruza la diminuta puerta. Llegan

del campo aullidos, y una sombra fría

penetra en el balcón y es un aliento

de muerte poderoso. Es la casa

que se empieza a caer, húmeda y sola.

 

Las brasas

Ediciones Rialp (Adonais), Madrid, 1960

Poème précédent en espagnol :

Antonio Colinas : Lumières de printemps / Luces de primavera (02/03/2020)

Poème suivant en espagnol :

Óscar Arturo Hahn : Le corps interroge l’âme / El cuerpo le pregunta al alma (29/05/2020)