René-Char-1966-768x448[1]1966.

 

  Le peuple des prés m’enchante. Sa beauté frêle et dépourvue de venin, je ne

me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus

dans la chimère de l’herbe, l’orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme

pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule

l’ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par

la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles...

     Prairie, vous êtes le boîtier du jour.

 

Feuillets d’Hypnos

Editions Gallimard, 1946

Du même auteur :

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