09 avril 2020

Jacques Réda (1929 -) : Le soir, rue de la Duée

    Le soir, rue de la Duée   A cinq heures du soir, l’hiver, un dimanche muet Retenait un peu de lumière aux angles des façades Et, sous un coup de vent tournant autour des palissades, Quelque chose - un vieux sac, un journal, un chat – remuait.   Je marchais sans bruit par la rue obscure, sous la chiche Clarté de carreaux fascinés par l’ombre ou les plafonds, Vers la lueur encore plus avare d’une friche Où les arbres avaient massé leurs entrelacs profonds.   Quelques êtres humains passaient,... [Lire la suite]
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09 avril 2020

Pierre Reverdy (1889 – 1960) : Mémoire

    Mémoire   Une minute à peine                Et je suis revenu De tout ce qui se passait je n’ai rien retenu Un point      Le ciel grandit                Et au dernier moment La lanterne qui passe                Le pas que l’on entend      Quelqu’un s’arrête... [Lire la suite]
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08 avril 2020

Rutebeuf (1230 -1285) : La grièche d’hiver

  La grièche d’hiver   Quand vient le temps qu’arbre défeuille quand il ne reste en branche feuille qui n’aille à terre, par la pauvreté qui m’atterre, qui de toutes parts me fait guerre, près de l’hiver, combien se sont changés mes vers, mon dit commence trop divers de triste histoire. Peu de raison, peu de mémoire m’a donné Dieu, le roi de gloire, et peu de rentes, et froid au cul quand bise vente : le vent me vient, le vent m’évente et trop souvent je sens venir et revenir le vent. La grièche m’a... [Lire la suite]
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07 avril 2020

Jean Cocteau (1889 – 1963) : Le séjour près du lac

  Le séjour près du lac Trois poèmes   Tu te disais : plus tard au temps des beaux voyages,  Respirer l’air, soufré par de secrets... [Lire la suite]
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05 avril 2020

Karadja-Oghlan (17ème siècle) : « Lorsque la Tchoukhourova... »

  Lorsque la Tchoukhourova (*) s’habille en fête lorsqu’elle se dépouille de sa nudité et que le février chasse le vent de l’hiver montagnes, il sied alors de vous appeler  paradis.   Vos arbres se parent de feuillages vos pierres ont foi en l’Unité toutes les fleurs se réjouissent en votre sein vos sources, montagnes coulent en chantant.   Vos branches s’agitent avec le vent entre eux jasent vos oiseaux de cette fête on froidure les lieux misérables pourquoi, montagnes, la jacinthe semble-t-elle... [Lire la suite]
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05 avril 2020

Herberto Helder (1930 -2015) : Elégie multiple (1,3)

    Elégie multiple   1 Ta noble tête, comment se déferait-elle en moi, cette tour éblouie par la chaleur muette des jours, l’éclat du gel nocturne ? C’est par la tête que les morts merveilleusement pèsent sur notre cœur. Ces fleurs intangibles auxquelles nous tremblons de sourire, les armes ciselées, le tressaillement des lyres fléchies sur les fleuves impétueux des choses. Seul l’amour les ouvre, dévoilant leurs géographie confuse et grave, les sources sauvages d’où foisonnent les pensées comme... [Lire la suite]
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04 avril 2020

Marie – Noël (1983 – 1937) : Vision

  Vision   Quand j’approcherai de la fin du Temps, Quand plus vite qu’août ne boit les étangs, J’userai le fond de mes courts instants ;   Quand les écoutant se tarir, en vain J’en voudrai garder pour le lendemain, Sans que Dieu le sache, un seul dans ma main ;   Quand la terre ira se rétrécissant Et que mon chemin déjà finissant Courra sous mes pieds au dernier versant ;   Quand sans reculer pour gagner un pas, Quand sans m’arrêter ni quand je suis las, Ni dans mon sommeil,... [Lire la suite]
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03 avril 2020

Fernando Arrabal (1932 -) : Kétamine (heureux !)

  Kétamine (heureux !)   Avec quel vertige l’anesthésie, m’emporte vers le périple de l’hallucination. Je traverse des labyrinthes et des forêts exponentiels instantanément multipliés. Ou je rêve ?   Avec quel éclat des galaxies, des planètes du trapèze, et des tunnels du cerveau, s’élèvent jusqu’au ciel parmi les gouffres des abysses. Ou je rêve ?   Riant à chaudes larmes je n’ai pas le temps de tout voir, tout défile à trop grande vitesse entre des fleurs géantes ou des... [Lire la suite]
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02 avril 2020

Vladimir Vladimirovitch Maïakovski / Владимир Владимирович Маяковский (1894 - 1930) : La blouse du dandy / Кофта Фата

  La blouse du dandy   Dans le velours de ma voix je vais tailler mon pantalon noir. Une blouse jaune dans trois toises de midi. Par un Nevsky(*),  mondial, sa lisse patinoire, j’irai flâner du pas d’un Don Juan dandy.   Laissez crier la terre avachie de sommeil : « Tu t’en vas violer les printemps verdissants ! » Insolemment rieur je défie le soleil : « J’aime à me dandiner sur l’asphalte glissant »   Est-ce parce qu’il fait un ciel bleu ce matin, et que la... [Lire la suite]
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01 avril 2020

Marcela Delpastre (1925 – 1998) : « Entre toutes choses... » / « Entre tot... »

            Entre toutes choses je louerai la main. Cinq doigts. Le poing fermé, l’oiseau qui dort, la tête sous l’aile.      Cinq doigts. Le poing qui se déplie comme une aile, la feuille de mai. L’oiseau qui se réveille. La tête, les pattes, le bec. La main vivante. Je te louerai.      La main qui s’ouvre et s’étend vers l’arbre et vers le pain, vers l’ombre et le soleil, et la chaleur du feu.      La main qui est... [Lire la suite]
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