morency-pierre[1]

Rien

 

Il n’y a rien. Rien sinon ce peu de jour qui vient avec le jour, que l’ombre au

flanc de la montagne. Il n’y a rien. Que le vent de solitude, les petites vagues

quand on dort. On voit un enfant qui naît, un enfant qui meurt. Puis après, rien,

plus rien. Rien que l’incroyable Voie Lactée, rien que l’arbre qui pousse en

montant. Quand on pense qu’il pourrait y avoir tout. Il pourrait y avoir des

éveils, des élans, des lenteurs sous les eaux, des giclements, des vénus montées

sur des bêtes blondes ; il pourrait y avoir des maisons ouvertes, des gens assis

dans des parcs, des amoncellements légers, qui font rire. Mais rien. Il n’y a

rien. Sauf ce tremblement qui ressemble à une soif. Un regard peut-être va luire

dans un visage.

 

Effets personnels

Editions de l’Hexagone, Montréal (Québec), 1987