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Amandiers

 

Te faire surgir

de la provenance du bond

de l’effraction perdue du jaillir.

Là tu te tiens

dans les décombres du porche

fraîcheur de sève, poignée d’écume –

neige odorante dans la nuit du regard.

 

 

 

Que la joie est simple au bout du cheminement obscur !

Comme ces minces pellicules donnent corps à la lumière !

 

Regarde comme il fond ce peu

de blanc tombé au fond de l’œil !

 

Les amandiers dans la nuit !

Ô les dents de clarté !

Pulsation sourde d’étoiles

dans l’épaisseur de la terre –

 

Le soleil couché dans sa barque souterraine

nos doigts aveugles cherchent des couleurs –

dans ta bouche des caillots de ténèbres

dans ton ventre la douleur du venin

savoir de ta vie si tu peux la comprendre –

 

 

 

Nous sommes l’un l’autre dévêtus

de noms qui collaient à la peau

appelant sans nom le silence

qui cimente les sons de la musique –

 

ô pure douleur du chant de naître

inapaisable travail sans visage

et nous-mêmes nuages et paroles

allant avec les bêtes au soir

dans les poudres de l’étendue –

 

 

 

Dans l’œil de la tourmente

sur le seuil brûlant du cratère

l’églantier.

 

Noyau de pudeur déboutonné

tendresse doucement froissée –

Ces bris, ces haltes claires dans le sang

orage tactile dans le noir humide.

 

Dans l’enclos défait du combat

rougeur qui porte à bout de bras

le cœur de sa fragilité –

 

quelque part c’est toujours le même

bruissement d’aubes dans les pierres.

 

 

 

 

Toi soleil coureur essoufflé

couché bouche à bouche sur les eaux

 

sur la mer ouverte à tous vents

la barque de nos mains dérive

 

or fumé, brûlé des visages

dans la pénombre des années

gardant au-dedans ses lueurs –

 

musique

nos doigts raclent

des cordes invisibles

dans la lumière dissoute

chaude étoffe arrachée

à l’hiver –

 

 

 

Toujours cet écho

sa source illisible

où erre avant l’aube

pieds nus le jasmin

 

tu nages encore et c’est nuit

tu nages dans la nuit qui a toujours été

 

et ton corps a percé l’eau glauque

qui sent l’empois et la levure.

Et la chair rame dans la chair

les mains torturent et les mains tuent

elles griffent à clair les ténèbres

et retournent à l’obscur.

 

 

 

Juste avant le jour le feuillage

frissonnant des dernières étoiles

 

lueurs serrés au centre des vagues

couleur d’écaille et de ferveur

 

Le bruit déchiré d’un caïque

par les vents de résurrection –

 

matin toutes voiles dehors

dans le ravin étroit du chant

sur le brun si chaud des cailloux

 

 

 

Une mouette a crié

dans l’auge aveugle d’un corps

fragment de jour affolé,

Et la mer et l’espace sans oreilles –

 

bat dans le mur du bleu

bat, le blanc d’un pétale –

 

dentelles, frondaisons, linges et grappes

nos encres lavées à grande eau

toutes images essorées

les rafales du vent peignent la mer –

 

Patmos et autres poèmes

Gallimard éditeur, 2001

Du même auteur :

La maison près de la mer, II (29/03/2016)

Patmos (29/03/2017)

Nuits (29/03/2018)

La maison près de la mer, I (29/03/2019)