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Unité du gris

 

Je m’assieds et regarde par la fenêtre ;

Je ne vois ni arbre

ni nuage où m’accrocher.

 

Crépuscule naïf

réveillant la lumière.

 

la lumière de la lampe n’est plus un message.

A moi avec moi je m’assieds et parle.

Ma moitié et ma chair

ne comprend pas ma langue, ne s’envole pas.

 

A la fenêtre un bruissement ou un bruit froid ;

Aux persiennes, lentement, se débat

une splendeur de lumière. Le gris de l’automne

passe, le printemps aussi

émiette les aiguilles de la montre.

Je murmure : 

« Mer prosternée »

pensant à la mer comme à l’amour.

 

D’un jour à l’autre

la lumière s’écoule.

Une caresse de chair se retourne dans les murs,

entre corps et mur

un soupir serré.

 

Dans l’unité du gris et du mur

l’écorce de la chair se recroqueville

grignotant l’aumône pourrie.

Elle obéit au mouvement tel un spasme

sans sombrer, sans s’envoler, captive du

rideau, prisonnière d’un angle.

 

Traduit de l’hébreu par Michel Eckhard et Benjamin Ziffer

in, Revue « Poésie 1, N° 116, Mars-Avril 1984 »

Le Cherche-Midi éditeur, 1984

Du même auteur : « L’image du malheur à ma fenêtre... » (14/03/2019)