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Eodem anno pons ruptus est

 

 

La joie !

Elle est, elle est vraiment, est pour de vrai !

Et il l’a ressentie, et point comme une joie sans pitié

se ruant si brutalement sur nous

qu’elle éteint ce feu, en nous, que rien ne protège ;

ni comme une joie pleine de vertige, au double éclairage de l’ironie

nous apportant la bouteille et les chaussures qui font danser –

oh non, ce qu’il a ressenti n’est une joie simple, silencieuse, sans raison,

et pas pour l’instant seul confiée : une joie donnée,

joie de cet homme qui marche sur un pont

et, désormais, va chanter sans fin...

Il a pourtant suffi qu’une feuille sèche, poussée par le vent,

tombe là, près de lui,

et voilà le pont surchargé...

 

 

Traduit du tchèque par Petr Král

In, « Anthologie de la poésie tchèque contemporaine, 1945 – 2000 »

Editions Gallimard (Poésie), 2002