200106012800289_low_1_

 

Ce monde est un désert

 

Que nous reste-t-il dans le fond

De nos âmes quand le désert

Bruisse des vilaines plaies du vent

Des traces de sang des cris édentés

Des hommes qu’on égorge

Des rivières taries empoisonnées

 

Que nous reste-t-il devant nous

Aux matins des réveils que les oiseaux

Peinent à colorer de leurs plumes

A rafraîchir de leurs chants

Dans ce désert qu’est le monde

Devenu ou l’était-il depuis longtemps.

 

Et nous hommes de peu de foi

De trop peu d’attention aux autres

Hommes aux ciels qui gambadent

Toujours sous les linceuls

Qu’on aimerait chasse sans doute

Nous ne l’avions pas vu nôtre.

 

 

 

Ce monde est désert de toi de moi

Du nous qui murmurait les mots

En autant d’enluminures en autant

De joie de foi de courage d’éclats

En autant d’arbres jetés de pinceaux

D’écriture de styles généreux

 

Ce monde désert se referme

Sur le chagrin sur la rage des bêtes

Rudoyées sur les corps qui transpirent

Sur la crainte sur les vieilleries éveillées

Dont ce monde désert repousse sans cesse

Les échos dans les grottes dans les fanges

 

Les chants les ritournelles les couleurs

Battent sur les horizons moqueurs

Sur les tapis du soir sur les teintures de faste

Sur les rougeurs de l’innocence sur le vert

Des monticules des régions des vallées

Enfouis dans les replis de la mémoire

 

 

 

Quand les airs respiraient les musiques

Quand nous dansions immobiles

En de longs cortèges secoués

Par les battements des pieds

Les têtes acquiesçaient cette entrée

Dans la matière si profonde si juteuse

 

Ce contact souriait aux hommes

Hors des roches hors des chemins

De ronde hors des évidences

Dont les sots rotent les bons mots

Les justes mots les syllabes juchées

Sur les frontons des cathédrales

 

Les camps de destruction les télés

Les mairies conquises de haute lutte

Sont ondoyés par les barbares les vrais

Et les autres mielleux intelligents

Aux badigeons de lucre aux caresses

Méprisantes que notre peau repousse

 

 

 

 

Que faire de ce monde désert

Qui fait de nous au mieux des témoins

Au pire ce que nous refusons d’être

Et nous refuse dès le petit jour

Ce que nous aurions surtout aimé

Voir naître et nous prolonger

 

Que faire de nos valises si lourdes à porter

Des images que nous brûlons de regarder

Tant elles nous regardent elles surtout

Dans la bonté dans l’affection dans la grandeur

De leurs teintes de leurs formes de l’énergie

Des mains qui les ont menées vers leur fin

 

Que faire de l’amitié qui règne entre nous

Qui rafistole notre nous quand il chancèle

Qui donne au regard des élans vifs

Des traits lumineux des fléchissements

L’humble regret de ne pas être mieux

A la hauteur des hommes que nous sommes

 

 

 

Que faire pour ne pas laisser

Le chaos dans ces mains indélicates

Que faire devant l’annonce rageuse

Des tueries des pires ressentiments

Des aigreurs des jaloux sifflements

Des foules qui foulent qui se défoulent

 

Certes le déluge arrive toujours

Comme la cavalerie des westerns

Un peu avant mais surtout après

Pour sauver les élus du trépas

Mais ici les salauds les laids les moches

les acharnés reçoivent leur ticket

 

Que faire quand les ondées surgies

Du ciel en de longues rafales tournent

Autour de nos crânes en auréoles

En autant de silences de brisures

De pointes d’acier qui pulvérisent

Entament soudain les certitudes

 

 

 

Ce monde est un désert inépuisable

Du vieux sel qui fait les statues

Du dégout de mille vomissures

Rendues croûtes par le temps du mépris

Demain ne vient guère nous soutenir

Seule la course des nuées nous divertit

 

Mais ce désert qui s’étend toujours

Méprise les restes les traces les tâches

Qui font des empreintes des hommes

Une histoire que les livres enregistrent

Que les yeux nourrissent du battement

De leurs cils pétales chus de l’amour

 

Les couleurs les formes les images

Que gardent certains dans la paume

De leurs mains que d’autres redécouvrent

Chaque nuit dans leurs rêves

Façonnent une attente sans attente

Dans l’orbe des gestes de l’exil

 

 

 

Un peu de lumière en ce monde

Serait une épaule chaude et fragile

Il est naïf de croire à son surgissement

Espérons quand même quand l’espoir

A délaissé le temps des hommes

Espérons qu’ils restent debout

 

Les ombres vaines des rocs des fossiles

Que nous sommes devenus s’agitent

Toujours dans la bourrasque d’or

Il n’y a plus de triomphe ailé sur le destrier

Il n’y a plus d’acclamations des femmes

Les portes des villes sont rongées par les vers

 

Un peu de lumière parvient quand même

A faufiler ses veinules dans le silence

De l’instant sauvé par les couleurs par le fil

Ténu qui nous relie aux autres hommes

Par la vérité par l’exacte inscription

D’une joie qui s’enfonce jusqu’à la garde

 

Le bruit du galop

Editions Folle Avoine, 35137 Bédée, 2019

 

Du même auteur : Mélancolie de Juillet (21/02/2015)