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Il y a dans la magie

l’immixion perpétuelle

de dieu

non comme un esprit

ou comme un être

mais comme un état

plus carié

                    du cœur

Car qu’est-ce que c’est que le cœur ?

                    Une carie

une carie perforante de chair

dont l’attendrissement

a fait cet organisme

de sang mou

et battant

ce séisme perpétuel

cette syncope de la vie.

Qu’est-ce qu’un battement de cœur ?

Une vie qui s’arrête brutalement de fluer,

d’abonder là,

et qui repart.

Poussée par quoi ?

On ne sait pas.

Une nécessité déjà noire,

une avarie menaçante du cerveau,

qui relève l’étron de chair rouge

et le pousse à donner

ce qu’il a

à dire

ce qu’il veut et

ce qu’il a. –

 

dieu est donc cette carie,

cet étron rouge,

cette avarie.-

car dieu est une maladie.

Ce n’est pas le créateur,

c’est le gouffre

entre le créé et l’incréé.

Gouffre qui ne sera jamais rempli

ni remplacé,

mais qui se vrille

dans chaque pensée révulsée de l’homme,

dans chaque impérative angoisse,

mal disposée et mal placée,

pour lui imposer une angoisse de plus :

celle de l’Etre insatisfait,

qui ne sait pas de quoi il est fait,

alors que l’homme lui, le sait,

pourvu qu’il soit en bonne santé.

Mais il n’est plus en bonne santé.

Il n’est jamais en bonne santé.

Et c’est la présence,

l’apparition de dieu,

de ses sbires ou de ses vices,

qui lui ont enlevé cette santé,

en jetant dans le monde

un certain nombre d’idées

qui jusque-là n’avaient pas existé

et qui composent toute la magie

dont il va être question ici :

 

mort,

astral,

au-delà,

hypnose,

rêve,

médiumnité,

magnétisme,

transmission de pensée,

survie

néant

esprit

pensée

dialectique

personnalité. –

 

L’homme a connu l’immortalité.

La seule, la vraie !

L’immortalité corporelle.

La durée sempiternelle du corps,

          du même homme

          dans le même corps

          à travers le temps

          sans arrêt,

          et l’espace

          éternellement

          inondé. –

il savait qu’il ne mourrait pas,

qu’il n’irait jamais au cercueil

qu’il ne connaîtrait pas

          les affres

de l’ensevelissement de la bière,

lesquels ont été de toutes pièces

          inventés

par les lémures,

qui en font d’obscènes repas,

qui en composent toute leur nourriture,

et sans ces affres ils ne vivraient pas. –

L’homme avait été créé immortel,

et ce n’est pas de l’histoire sainte,

c’est l’histoire de la vérité,

il n’avait pas d’astral où aller.

 

ne lui introduisez-pas

la dialectique cérébrale de la pensée

 

pas d’au-delà,

pas de survie,

pas d’hypnotisme,

pas de magie.

La magie était de durer

sans jamais cesser de durer.

Or la magie a voulu exister elle aussi,

(car jamais de chair ou d’esprit)

elle est venue s’enter sur la vie

comme si elle avait besoin de cette zone, la vie,

de cette zone sombre

d’inconscience et d’infamie,

de ce côté abject des choses,

de ce sale versant taré,

de ce versant taré des choses,

de cette pente,

les bêtes sclérosent les mouvements du cerveau,

de la conscience et du cerveau,

de l’inconscient hors du cerveau,

de l’inconscience sans cerveau,

de la vie toute nue et dépouillée

          de cerveau,

          d’esprit,

          de conscience,

et n’étant plus qu’un mouvement infini.

 

          or pontchou sou

          fatarouh

 

La magie ? Elle est cette touffeur suffocante,

cette pouffée, cette inénarrable bouffée de souffles,

mais surtout d’idées,

à jamais instituées

le long du grand escalier auriculaire

commandé par le serpent cornichon

par la vieille tête

(Et les idées se transmettent d’âge en âge le long de ce grand escalier qui domine

et supere,

il supervise

les humanités.)

 

cette ignoble tornade du mal

tordue comme un torchon d’étrons

un gigantesque,

et crapuleux torchon

plein d’insectes,

de miasmes,

d’opaques lourdeurs,

d’épaisses touffeurs,

d’arides douleurs,

oui, la magie a apporté des douleurs,

et c’est elle qui a apporté la douleur.

Vous ne savez pas ce que c’est que la magie ?

Eh bien je suis justement en train de vous le dire.

Elle n’est pas cette maçonnerie,

cette symbolique,

cette théurgie,

cette psychurgie,

cette gorgée sanguinolente d’orgies,

cette fantastique cérémonie,

ce cérémonial d’apparat,

cet appareil à tourner le cerveau à ça,

pour faire virer l’esprit

du côté où l’on voit

du dedans au dehors

et du dehors audedans,

elle n’est pas cet éclair

seulement de magnésie,

cette râpe à radoter la vie,

elle n’est pas cette chausse-trape de survie

où l’on se voit soi-même sorti

après la vie.

 

Et puis quoi

en lutte avec la haine,

en proie à la montée haineuse

 

il y a plus haut que les nuages,

après

il y a un érotisme transcendantal,

que l’on retrouve en haut,

sur le front surélevé des choses,

on le trouve plus haut que tout

avec le suprême de la vie.

 

Les hyper-espaces

approchent des eaux gazeuses de l’infini

qu’il faudra traverser avec l’arche

construite contre toute maladie

 

ce n’est pas une masturbation énorme de la chair que l’esprit parviendra à

     nommer le problème

de l’envahissement des eaux de la chair dans la vie. –

 

Ne plus chercher sous prétexte d’érotisme et de péché !

Chercher quoi ?

Qu’est-ce que je voulais savoir ?

Je suis plein d’érotisme et de sexualité.

Sont-ce les êtres

          qui dégagent ces gaz

          toxiques archi-sidéraux ?

(Cahier 398, février 1948)

 

 

Revue « Tel quel, N° 35, automne 1968 »

Editions du Seuil, 1968

Du même auteur :

« Il faut que l’on comprenne que toute intelligence… » (24/01/2014)

Position de la chair (24/01/2015)

Invocation à la Momie (25/01/2016)

Prière (25/01/2017)

« Les êtres /ne sortent pas … » (25/01/2018)

Le navire mystique (25/01/2019)