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A la lisière du temps

 

Quand on marche le soir à la lisière du temps

il monte soudain une bouffée d'enfance

les cris d'hirondelles folles d'un préau d'école

ou le silence de la barque sur la rivière

à la tombée du jour quand le soleil rase l'eau qui moucheronne

ou bien la sonnette (deux fois) de l'épicerie-mercerie

où on achète après l'école les rouleaux de réglisse Zan,

qui barbouillent de noir et font les doigts collants.

 

On tend l'oreille le long du voile de la brume.

Quelqu'un parle à voix basse

sans qu'on puisse reconnaître la voix

et sans comprendre les paroles

les mots chuchotés loin      à l'envers du silence.

(Hôpital de la Pitié,

25 Août 1983)

 

A la lisière du temps

Editions Gallimard, 1984

Du même auteur : « Jamais jamais je ne pourrai... » (26/12/2018)