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La chanson de mort

 

Vous, les autres qui m’avaient tiré par les lèvres

jusqu’à une seconde de votre peau

et dont je me suis repoussé jusqu’à l’éternité parce que mon amour vous aurait

     peut-être tué

 

Adieu les autres ce n’est pas le moment d’être hypocrite

chacun de mes mouvements vous inonde de mort

Allez-vous en Allez-vous en 

que je vous voie longtemps ne plus penser à moi

 

Pourtant tout se déchire sous mon visage

Pourtant mes gestes s’éloignent de moi

je tords avec les yeux brûlés les barreaux d’ombre

le pas du gardien j’entends venir je souffre venir

 

Vous errez en moi comme une bête dans les veines de la forêt

hésitant aux carrefours

se reposant dan les clairières du cœur

s’attardant dans les petits ruisseaux des endroits qui sont l’extrême limite de

     mon corps

déjà dans l’air sur la lisière vulnérable

se brûlant dans les branches parlantes du cerveau

dormant dans les épais taillis des poumons

Heure de ma mort je suis votre course

quand donc tomberez-vous morte de fatigue

pour me terrasser

 

Alors adieu sensations en déroute

l’Automne des artères qui s’effeuillent

sur les chairs gonflées d’une mauvaise humidité

 

On chante à côté avant la fuite de l’ouïe

le nuage se dissout pour l’adieu de l’œil

et la voix est une pierre tendre

le nez est déjà loin le vent gerce les lèvres

Adieu mes mains et tout l’amour du monde

Adieu MOI. J’éclate comme une branche de feu.

 

Le droit d’asile

Editions Seghers, 1954

Du même auteur :

Préface (22/12/2016)

La voie du sang (22/12/2017)

Le testament (22/12/2018)