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L’Amant gris

 

 

Tu ne sais pas grand-chose

de moi. Tu connais le goût

du vin laissé sur ma langue mais tu n’as pas goûté à ma bouche

gonflée de sommeil. Tu sais

que la nuit je vois des serpents et des flèches

sur les murs de ma chambre et j’entends siffler

des trains. Quand la lune est ronde,

elle fait des vœux, seulement les mercredis de pleine lune,

seulement les mercredis. Tu connais un échantillon de ma peau

et tu sais les tissus qui m’habillent. Tu as deviné

que la soie sauvage est agréable à toucher. Je ne te demanderai pas

de caresser ma tête, çà fait tellement longtemps. J’aime

quand tu me dis à bientôt et je m’obstine

à ne pas poser de rideaux aux fenêtres. Tu as appris mon âge :

tu l’oublies toujours. Tu ne reconnais pas encore ma voix

au téléphone. Dans la pièce vide, il y a un store,

c’est l’unique chose à manipuler dans l’ancienne chambre.

C’est parce que je ne te connais pas autrement

qu’à travers les apparences ... Que disais-tu

de ce chandail porté ce soir-là ?

 

L’Amant gris,

Editions Triptyque, Montréal (Québec), 1984

De la même auteure : « Minuit moins vingt... » (19/11/2014)