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Les fous

(chanson)

 

De tous les fous qu’on voit en France,

Et de ceux qui font les prudents,

Il n’y a point de différence

Que de barbe et d’habillements :

Car tout le monde a sa folie

Qui le possède et le manie.

 

Les uns désirent la richesse,

D’autres désirent les hasards,

Tel fait le vain de sa maîtresse

Qui n’en a rien que des regards ;

Et cependant la jalousie

Trouble le plaisir de sa vie.

 

L’un aime les chants solitaires,

L’autre se plaît dessus la mer,

D’aucun dedans les monastères

Se font pour jamais enfermer,

Puis de leur âme repentie

Naît bien souvent quelque folie.

 

Tel se consume dans les flammes

D’un amour plein de vanité,

Et pour la cour et pour les dames

Vend son bien et sa liberté,

Et dans l’erreur et la folie

Passe le reste de sa vie.

 

Tel veut connaître la science,

Tel autre veut tout ignorer,

Tel autre par une inconstance

Est prêt à se désespérer,

Et tout enfin n’est que folie,

Qu’erreur, que mensonge, et manie.

 

Mais qui sont plus fous ou plus sages,

Dites, messieurs les entendus,

Ou tous ces fous vains et volages

Ou ceux qui les ont attendus :

Et qui pour voir une folie

Auront le rhume ou la chassie ?

 

Ces fous que l’on voit à la danse

Ne sont pas des fous tout à fait,

Ils sont plus sages qu’on ne pense

Puisqu’ils sont fous quand il leur plaît :

Et la sagesse et la folie

Leur tiennent bonne compagnie.

 

In, « Le cabinet satyrique »,

Chez Anthoine Estoc1618