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Matinale de mon peuple

Pour Baya

 

Tu disais des choses faciles

travailleuse du matin

La forêt poussait dans ta voix

des arbres si profonds que le cœur s’y déchire

et connaît le poids du chant

 

la tiédeur d’une clairière

pour l’homme droit qui revendique

un mot de paix

un mot à notre dimension.

 

Tu tirais de sa solitude

le rôdeur qui te suit tout pétri de son ombre

celui qui voudrait écrire comme tu vois

comme tu tisses comme tu chantes

apporter aux autres le blé

le lait de chèvre la semoule,

et si, dru dans le cœur et si fort dans le sang

la bonté de chacun

le charme impétueux des hommes solidaires

 

Parle ô tranquille fleur tisseuse des promesses

prélude au sûr éveil de l’orge

dis que bientôt l’acier refusera la gorge

bientôt le douar entamera la nuit.

 

Tu m’apprends à penser

à vivre comme tu es

Matinale arrachée à l’obscure demeure

 

Matinale de mon peuple

Editions Subervie, Rodez, 1961

Du même auteur : Miroir de l’églantier (28/06/2018)