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ICI

 

Ici

quand la mer se retire

on reste sans force

on se sent tout à coup vieillir

et prisonnier de l’île

comme d’un coffre

 

Ici

les îliens vivent

l’horizon à hauteur du cœur,

des blessures de mer dans les mains.

 

Ici

le jour devance la montée du soleil

comme si la lumière

était un brouillard de mer

ou les franges de l’île.

 

Ici

la mer en hiver

s’habille en bretonne :

de velours noir

de blanches dentelles.

 

Ici

le sel et la lumière

la mer, les phares, le temps

plaquent l’île au ras du ciel.

 

Ici

l’île ni le temps

n’entament l’océan.

 

Ici

tout se superpose :

la mer, le ciel,

le cercle à plat du soleil,

les nuages et l’écume autour des rochers

le sel

seule l’île déchire.

 

Ici

l’envers du vent

se lit dans la mer

seule l’île

est sans miroir ni contraire

 

Ici

le flou des grèves et des vagues

est le plus saisissable.

 

Ici

tout prend forme d’île

même la mouette en vol.

 

Ici

les couches d’écume s’empilent

comme des draps pliés.

On dirait que le sable

se glisse sous l’eau.

Les vagues ont hauteur de talus,

les cargos sur l’horizon

prennent allure de cathédrale.

 

Ici

la mer se déverse dans la mer,

la mer s’escalade sans cesse

jusqu’à dresser une montagne

que surmonte l’île

comme sa chair éternelle.

 

Poèmes de l’île et du sel

Editions Telen Arvor, 29000 Quimper, 1977

Du même auteur :

 « Quand ma chienne me regarde… » (29/11/2014)

Troisième île (29/11/2015)

Cairn de Barnenez (29/11/2016)

« La campagne semble morte… » (29/11/2017)

Pierres (29/11/2018)