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Messages clandestins

 

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PRIERE

Effraie-moi.

Afflige-moi de visions d’horreur.

Ne te retire pas derrière le large écran

d’un divertissement coloré.

Ne me laisse pas dépérir dans cette forêt

d’antennes de télévision.

Brise avec mon trépas les séries

d’une statistique normalisée

et envoie une mort,

à qui terreur et technique

sont odieuses, qui librement

s’approchera de moi, dans l’auréole

de l’épouvante, mais dont le front aussi sera nimbé

d’un souffle de regret .

 

MESSAGE CLANDESTIN

Un nuage de poussière est arrivé,

un rouge ;

pesant,

tel un corps de brume,

il est descendu.

Le métro est resté en panne,

le bus a enfoncé le mur,

il était midi et il faisait

une nuit rougeâtre.

Et ça sentait le cuir,

la steppe et la sueur des bêtes.

Des femmes sont tombées dans des spasme de volupté ;

les enfants se sont figés dans leurs jeux ;

et il pleuvait du sable.

 

MESSAGE DES OISEAUX MIGRATEURS

Ne dispense pas tes trésors à ceux

qui les gaspillent ; ce sourire :

garde-le pour la grue, elle le prendra

en automne sous ses ailes,

pour te le rapporter en mars

comme un rire rouillé.

 

N’avoue pas ta pauvreté à ceux

qui la méprisent ; cette nudité :

recouvre-la pendant le rouge octobre

avec les pleurs de la bécasse

et durant l’avril bariolé

te réchauffera un duvet de neige

 

Ne montre pas ta fierté devant ceux

qu’elle offense ; tel est ce courage :

fais-le tournoyer dans le froid, puis jette-le

en volée de vanneaux au-dessus de la mer

et, sorti du plumage du printemps,

il te tombera pantelant dans le cœur.

 

COULISSE

La pluie...

La pluie murmure sur la foire.

La roue de la loterie se décolore

et le cornet à dés devient poisseux ;

au stand de tir dorment les coups de feu.

Quelqu’un veut-il encor tenter sa chance ?

Quelqu’un veut-il encor jouer aux dés ?

Quelqu’un veut-il encor tourner la roue ?

La pluie...

La pluie murmure sur la foire.

 

CAUCHEMAR D’AUTOMNE

La méduse de brume

a coiffé de la cloche

sans battant de son corps

le chef de la forêt

qui brille comme un os.

 

Déjà les poissons-volants

respirent à travers

leurs noires branchies d’ombre,

car la marée de la nuit tombe.

 

Elle apporte les requins

de nuages qui vont s’ouvrir

le croissant de leur bouche

dans le rêve de la colombe

et qui s’enfoncent seulement

quand tombe le miroir.

 

Maintenant s’avance la loutre

vers la plage en arêtes

de l’aveugle château-fort ;

sur sa peau couverte d’écailles

se brise la rosée

 

et dans un remous la palmure

de ses orteils

peigne la pâle chevelure

d’herbe du marécage.

 

La forêt traîne par là

un radeau de racines

de pins, qu’a recouvert

le cri des chouettes.

 

MESSAGE CLANDESTIN

Quelque chose viendra au-dessus de la mer.

Incolore,

une montagne de verre opalin,

rempli de l’ombre du néant.

Nul canon ne se dressera,

nul avion ne la poursuivra ;

les radars resteront perplexes.

Légère,

veinée de granit, elle passera :

un cerveau privé de pouvoirs

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Traduit de l’allemand par Raoul Bécousse

In, Wolfdietrich Schnurre : « Messages clandestins,

et nouveaux poèmes »

Editions Noah, 1986

Du même auteur :

Adoration /Anbetung (28/11/2014)

Messages clandestins, poèmes 1945 – 1956 / Kassiber, gedichte 1945 – 1956 (I) (28/11/2015)

Messages clandestins, poèmes 1945 – 1956 / Kassiber, gedichte 1945 – 1956 (II) (28/11/2016)

Messages clandestins, poèmes 1945 – 1956 / Kassiber, gedichte 1945 – 1956 (III) (28/11/2017)

Harangue du policier de banlieue pendant sa ronde du matin /Ansprache des vorortpolizisten waehrend der morgenrunde (28/11/2018)

Le fils / Der Sohn (28/11/2020)

Nouveaux poèmes 1965 – 1979 (I) / Neue Gedichte 1965 – 1979 (I) (28/11/2021)

 

 

Kassiber

 

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GEBET

Erschreck mich.

Suche mich eim mit Gesichten.

Tritt nicht hinter die Breitwand

kolorierter Zerstreuung zurück.

Lasse mich nicht in diesem Wald

aus Fernsehantennen verkommen.

Durchbrich mit meinem Ende die

Reihen genormter Statistik

und schick einen Tod, dem Terror

und Technik verhasst sind, in der Gloriole

 

KASSIBER

Eine Staubwolke kam,

eine rote ;

lastend,

ein Dunstleib,

sank sie herab.

Die U-Bahn blieb stecken,

der Bus drückte die Wand ein,

es war Mittag, und war

eine rötliche Nacht.

Und roch nach Leder,

nach Steppe und Tierschweiss.

Frauen fielen in Krämpfe der Wollust ;

Kinder erstarrten im Spiel ;

und es regnete Sand.

 

ZUGVOGELBOTSCHAFT

Gib deine  Schätze nicht denen,

die sie vertun ; dieses Lächeln :

bewahr es dem Kranich, er nimmt es

im Herbst unter die Schwingen,

im März bringt er es dir

als rostiges Lachen zurück.

 

Gesteh deine Armut nicht denen,

die sie verachten ; diese Blösse :

bedeck sie im roten Oktober

mit den Tränen der Schnepfe,

und im gescheckten April

wärmen dich Daunen aus Schnee

 

Zeig deinen Stolz nicht vor denen,

die er beleidigt ; hier diesen Mut :

lasse ihn kreisen im Frost, wirf ihn

dem Kibitzschwarm nach übers Meer,

und aus den Federn des Frühlings

fällt er dir keuchend ins Herz

 

 

KULISSE

Regen -

Regen rauscht auf den Rummel.

Das Glücksrad verliert seine Farbe,

der Würfelbecher wird klebrig ;

in der Schiessbude schlafen die Schüsse.

Wills keiner mehr wagen ?

Wills keiner mehr würfeln ?

Wills keiner mehr drehn ?

Regen -

Regen rauscht auf den Rummel.

 

HERBSTALB

Die Nebelqualle hat

die klöppellose Glocke

ihres Leibs dem Forst

aufs Haupt gestülpt,

das beinern glänzt.

 

Die Vogelfische atmen

schon durch schwarze

Schattenkiemen, denn

die Nachtflut steigt.

 

Sie bringt die Wolkenhaie,

die den Halbmond

ihres Munds im Traum

der Taube aufgehn lassen

und erst sinken, wenn

der Spiegel fällt.

 

Jetzt treibt der Otter

hin zum Grättenstrand

der blinden Burg ;

am Schuppenfell

zerschellt der Tau

 

und strudelnd kämmt

die Schwimmhaut

seiner Zehen das fahle

Gräserhaar des Rieds.

 

Ein Floss aus

Kiefernwurzeln, überdacht

von Eulenschreien, zieth

der Wald dahin.

 

KASSIBER

Es wird übers Meer kommen.

Farblos,

ein Milchglasgebirge, gefüllt

mit dem Schatten des Nichts.

Kein Geschützrohr erebt sich,

kein Radargeräte sind ratlos.

Leicht,

graniten geädert, zieht es dahin :

ein entmachteyes Hirn.

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Kassiber und neue Gedichte,

Ullstein Buch, Berrlin, 1979 et 1982

Poème précédent en allemand :

Herwarth Walden : « Ferne blühen Deine Augen – Loin fleurissent tes yeux... » (22/10/2019)

Poème suivant en allemand :

Paul Celan : Psaume / Psalm (01/12/2019)