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Tu vois que les roses

finissantes soutiennent la clarté

jusqu’aux fenêtres de ta chambre,

tu leur dis, aux roses, de ne pas

laisser le jour se replier comme

une aile malade, qu’il peut espérer

l’amitié de leurs pétales – et même,

tu devines, dans cette apparente fragilité,

que le monde reprendra force,

après un hiver redouté qui passera

sans trop de peine et d’abandon.

 

C’est comme cela que se pensent

la joie, les champs à l’horizon,

la tranquillité des chemins,

des pierres, des murs dans l’attente

d’on ne sait quelle faveur

d’un soleil futur, c’est comme cela

que d’une parole timide

on passe à une autre parole,

tenace, triomphante, c’est comme

cela que les roses finissantes

écartent les ombres qui les frôlent

et que plus  tard elles reviendront

en une autre saison, en plein cœur

du fourmillement de la terre.

 

Tu sais comment vont se rencontrer

les prochains jours, les prochaines

mains, les prochains regards,

tu sais que le ciel donnera

au caillou son allégresse matinale,

que d’un souffle à peine parfumé

les branches apaiseront les oiseaux

et que quelqu’un, victorieux des gestes

mauvais, assistera sans mot dire

à la venue d’une lumière de légende.

 

Elégies pour le temps de vivre

Editions Gallimard, 2012

Du même auteur :

 « Tu t’assieds avec moi… » (22/10/2014)

« Il faudrait adopter le brouillard … » (12/12/2015)

« Je parlerai du mot pluie… » (19/11/2017)

« Tu ouvres la terre... » (19/11/2018)