2012

 

Mélancolie

 

Une belle une bonne journée s’achève

Une journée descend vers la nuit

Comme un vieillard blanc qui a peur

Et de l’autre côté des eaux douces

Par-dessus les tours brunes de Chillon

Maintenant fleurissent les montagnes roses

En ventres en seins en chairs arrondies

Pincées d’un dernier soleil fragile.

 

Les lions les glaives les vierges drapées

D’un petit ciel bas de printemps

Brillent au froid repos vermeil du lac

A peine ému par un soupçon de bise

Qui hâte aussi le plaisant roulis des femmes

Ombrelles déjà voiles peints écharpes claires

Souliers de toile et bavardages légers

Entre les peupliers siffleurs de la berge.

 

L’ombre dépérie s’allonge à mourir

Les reflets sont plus clairs plus vifs que leurs objets

Cygnes noirs qui le col tout de soie inclinez

Vers la soie de l’aile et vers le tiède abandon

D’un sommeil prisonnier des réseaux de la lune

Papier qu’un enfant chiffonna en canots

Arbre lourd de lierre fleurs pendues à la rive

Substance même d’un jour où tu fus heureux.

 

Alors la pâle mélancolie

Chienne aveugle errant aux catacombes

Ouvre sur toi son œil de chaux éteinte

La mélancolie aux bras de plomb fondu

Au sein de plumes et d’écailles caduques

Jette son flot dans l’antre de ton crâne vide

Qu’elle emplit comme un grand navire de fer

Sombrant au termed’un trop sûr voyage.

 

L’Age de craie, suivi de Hedera

Editions Gallimard, 1961

Du même auteur :

Le pays froid (16/06/2014)

Somewhere in the world (26/06/2015)

Hedera ou la persistance de l’amour pendant une rêverie (11/11/2017)

Les filles des gobes (11/11/2018)