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Pays d’Hélène

 

C’est ici que vécut incomparable Hélène

 

Ici l’ancien lieu de verdure et d’argent

Les larmes de rochers

Un soupir bleu mais des déchirures pensives

Un noir éclatement de rocs argentés

 

Inhumaine inimaginable en robe à traîne

Qu’elle était belle vêtue de rochers

Et costumée des fleurs de l’herbe ! Dans les grands soirs

Des maisons hautes blanches et nues, grillagées

 

Qu’elle était nue, et triste ! et quel amour aux mains

Et quelle force aux reins de sa splendeur rosée

Qu’elle avait pour aimer et pour vivre ! et quel sein

Pour nourrir ! et les douces pensées

De son ombre ! et comme elle sut bien mourir

 

Dans un baiser rempli de palmes et de vallées.

 

On voit ici ses larmes

Conservées dans ce couloir vert du cimetière

Un immense noyer endormi par le jour

Tient à ses pieds les tombes perles de couleur

 

Quand le noyer touche aux glaces penchées

Etincelantes du glacier de l’autre bord

Où cinq dents d’argent difformes du malheur

Luisent

Sur le gouffre harmonie d’éternelle chaleur.

 

Prairie du jour ! avec les flots et les forêts

De maigre vert et les roches du ciel

Ta pureté céleste cri cruel

Fait mal, comme une morte ici marchait.

 

Hélène aimait-elle glaciers et noyers

Passait-elle son bras nu sur ces montagnes

Baisait-elle de sa robe les prairies

Dans les yeux de son amant jeune espérait-elle

Et la lumière d’or ?

 

Loin, les rochers d’Hélène

Découpés par le soleil des funérailles

Luisaient au milieu des dents noires et dures

Et le soleil se déchirait religion pure.

 

Matière céleste

Editions Gallimard, 1967

Du même auteur :

Songe (14/08/2015)

Adieu (14/08/2016)

Eclairement (14/08/2017)

« jour d’été... » (14/08/2018)