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On dit que vos porteurs d’encensoir plient l’échine

quand par hasard vous leur adressez la parole,

Monsieur le haut dignitaire du parti ?

On dit aussi que certains de vos courtisans

Vous font la révérence et vous appellent sire ?

Pourquoi pas Votre Majesté ? On vous le doit.

Ces gueux étaient la veille de pauvres palefreniers,

comme vous, qui n’étiez qu’un garçon d’écurie !

Mais vous voilà hissé jusqu’aux balcons du ciel.

C’est de là que vous décidez, que vous ordonnez.

Le peuple a la voix rauque de crier sa faim,

Le peuple devient exsangue de perdre son sang.

Mais vous jouez parfois dit-on à la belote

avec un escroc de vieilles relations

qui depuis s’est fait un nom dans le vampirisme

- il paraît qu’il égorge et boit le sang des morts –

De quoi donc parlez-vous quand vous êtes ensemble ?

De ce que vous ferez quand vous serez

au pouvoir à bâiller comme des alligators,

à vous gaver de repas pantagruéliques,

de femmes nues à fouetter pour le plaisir ?

Mais dites-moi, vous arrive-t-il une fois de vous souvenir

qu’on a promis au peuple algérien, un jour de liesse,

qu’on fusillera à bout portant le mépris

qu’on fusillera à bout portant l’intolérance

qu’on chassera à coup de bâton la misère

qu’on jurera enfin par Dieu, par le Koran

le droit à la dignité, au bonheur pour tous ?

 

Ecrits d’Algérie

Editions Autre Temps (Marseille), 1996

Du même auteur : « Je suis comme un enfant… » (20/10/2015)