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Le paresseux

 

Continueront voyager choses

de métal entre les étoiles

des gens s’exténueront monter

pour violer la lune douce

là-bas fonder leurs pharmacies

 

En ce temps de vendanges pleines

le vin chez nous commence à vivre

de la mer à la Cordillère

Au Chili dansent les cerises

chantent des fillettes obscures

et dans les guitares l’eau brille

 

Le soleil joue à toute porte

Et fait miracles pour le blé

Le premier vin est rosé

Il est doux comme un enfant tendre

Le second vin est vin robuste

Comme la voix d’un marinier

Le troisième est une topaze

Incendie et coquelicot

 

J’ai mer et terre à la maison

Ma femme a des yeux gigantesques

Couleur des noisettes des bois

Et lorsque vient la nuit la mer

Se pare de blanc et de vert

Et puis dans l’écume la lune

Rêve en fiancée océane

Pourquoi donc changer de planète

 

Traduit de l’espagnol par Louis Aragon

In, « Elégie à Pablo Neruda »

Editions Gallimard, 1966

Du même auteur :

Dernières volontés / Disposiciones (02/11/2014)

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée / Veinte poemas de amor y una canción desesperada  (02/11/2015)

Testament d’Automne (02/11/2016)

Hauteurs de Macchu-Picchu / Alturas de Macchu-Picchu (02/11/2017)

« Que ne t’atteigne pas l’air... » / « No te toque la noche... » (02/11/2018)

 

 

El perozoso

 

Continuarán viajando cosas

de metal entre las estrellas,

subirán hombres extenuados,

violentarán la suave luna

y allí fundarán sus farmacias.

 

En este tiempo de uva llena

el vino comienza su vida

entre el mar y las cordilleras.

En Chile bailan las cerezas,

cantan las muchachas oscuras

y en las guitarras brilla el agua.

 

El sol toca todas las puertas

y hace milagros con el trigo.

El primer vino es rosado,

es dulce como un niño tierno,

el segundo vino es robusto

como la voz de un marinero

y el tercer vino es un topacio,

una amapola y un incendio.

 

Mi casa tiene mar y tierra,

mi mujer tiene grandes ojos

color de avellana silvestre,

cuando viene la noche el mar

se viste de blanco y de verde

y luego la luna en la espuma

sueña como novia marina.

 

No quiero cambiar de planeta.

 

Estravagario, 1958

Poème précédent en espagnol :

Claudio Rodriguez : Don de l’ivresse / Don de la ebriedad (04/10/2019)