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Sur le nom de Bach (1)

 

 

Dans la gamme couleur d’automne de si bémol mineur, descend

Cette première marche jusqu’à la note sensible ! Le nom alors se hisse

Jusqu’à do, le niveau de la réalité. Et, de nouveau, du même demi-ton

                    Retombe

Sur ce si dont la vibration suspendue appelle une nouvelle ascension.

Le clavier est l’image du monde. Comme l’échelle de Jacob

          Il nous traverse de bout en bout.

 

Regarde la corde tendue sur son frêle berceau de bois : chaque montée

Même d’un dièse augmente son effort. Mais pour descendre, simplement

          Relâche sa contrainte !

Gamme qui s’élève avec peine, telle la femme de Lot, regardant en arrière, et

Sitôt qu’elle cède à sa pente, devient plus lasse encore, plus tendre aussi, plus

Condamnée, plus entraînée vers les eaux de l’amertume et de la séparation.

          Que suis-je, livré à moi-même ?

 

Le renard pris au piège à dents aiguës se coupe une patte pour retrouver

Sa libre faim parmi les arbres noirs. La chenille se hâte vers le soir

Où elle ira se brûler à la lampe. Le cerf brâme après la fraîcheur des eaux.

          Rien n’est tout à fait muet.

Même la pierre est active. Rien ne se refuse, sauf,

Quand elle se complaît à elle-même dans les ténèbres de sa captivité,

                         L’âme.

 

(1) Dans la notation allemande, B = si bémol ; A = la ; C = do ; H = si naturel. Ainsi traduit, le nom de

Bach constitue un thème en si bémol mineur, qu’il a utilisé comme troisième thème dans la grande fugue

inachevée de l’Art de la fugue.

 

 

Jonas

Editions Gallimard, 1962

Du même auteur :

 « Seigneur, donnez-moi seulement… » (29/10/2016)

Oncle Jean (29/10/2017)

La fin du jour (28/10/2018)