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Luberons

 

à Robert Sabatier

 

 

I

Il y aurait une plaine au Sud

immense                   frémissante sous les feux

d’herbe

avec sur l’horizon une ligne de collines bleues

et dans l’éloignement palpiteraient

- comme au lit du torrent des lames de mica –

les ternes brillances des serres.

 

Océan des vignes

pour combien de temps encore ?

 

II

La falaise se creuse en ruche sauvage

des étais la défendent contre la patience

de l’érosion.

Ici furent les purs qui ne sont plus que cendre.

Le calcaire chuchote un psaume de bataille.

Alvéoles glacées où pourtant bat

toujours la vie :

Résister jusqu’au dernier souffle.

 

III

Au fond de la combe l’eau secrète

lustrale et pure et qui ne se révèle

que par la libellule noire

un instant comme

                             suspendue.

 

IV

Les origines sont inscrites dans

la roche friable qui livre un peu plus

chaque jour

ses secrets d’algues et de coquilles.

Le vent fait chanter la garrigue

l’air embaume le romarin

un merle crie dans l’épaisseur des feuilles.

 

Ici pourtant était la mer.

 

V

Sur le flanc escarpé s’écoulent les murettes

par vagues successives et maladroites

un peu.

Immobile dérive.

Deux coups de feu cassent les cimes.

 

La nuit vient.

 

VI

Il y aura une montagne au nord

noire et violente sous l’orage

avec des écharpes de brume

des fragrances de sauvagine

et des remous d’ombre nocturne.

 

Vers cinq heures nous aurons froid.

 

Cabrières d’Aigues, 1980

 

Les derniers retranchements. Poèmes

Le cherche-midi éditeur, 2002

Du même auteur :

La sourde oreille (17/10/2014)

Ne variatur ou l’avant-dernière lettre d’Ephèse (17/10/2015)

Le combat avec l’ange (17/10/2016)

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