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Silence dans la cuisine

 

Bêtes dans les collines, comme une bave

là-haut qui bouge – et si peu, la sauvage

rose des troupeaux, dans les yeux les reflets piqués,

la robe claire des rivières. Collines

comme un sac épais sur le ventre du monde, ici

la terre pas plus qu’ailleurs collante mais comment dire,

parler sans rien nommer, la rouge la terre qui parle

d’elle-même toujours et l’arme du soleil parfois.

Le hâle, le marteau de la nuque

et le silence en bas dans la cuisine, le silence

des mains sur les carreaux de la toile sur la table

qi cherchent à sortir, la scierie par-derrière,

le vin bu hier et, sur chaque meuble le fils

qui rit, le fils absent – et pour longtemps.

Les choses du regard coupantes qu’il touchait

 de ses gestes débiles, l’enfant si près de tout

dans le rectangle juste des journées, les faisceaux

des lignes – villages sous le bleu des murs,

comme le travail est bleu, la peine, ce qui revient :

les larmes de la vigne. Un homme

derrière les chevrons en tas – l’ocre des bois traités -,

visage eau fatiguée, depuis quand

et où parti son fils – le fallait-il, collines.

Lentement le soir, le sang – son linge gris.

 

(Rencontre dans les collines)

 

In, « La Nouvelle Revue Française, Juillet-Août 1993, N° 486-487 »

Editions Gallimard, 1993

Du même auteur :

Derrière les vitres (22/12/2014)

lointaine approche des troupeaux à vélo vers le soir (14/10/2020)