Jacques_Chessex_1_

 

Votif

 

Quand j’irai à la vraie place

Au moins que ce soit un jour de cerisiers

                                               et de lilas

Et que ma tête ne ressemble pas encore

                                               à celle des morts

Avec cette mâchoire qu’ils ont

Avant qu’elle se détache et tombe seule

                                               dans l’ossuaire

 

 

Ce matin je pense à toi, Mozart

Dans ta fosse de tibias et de crânes

Ô glorieux, et ce jour-là qui était ton jour

                                               ton ange pleurait

Parce que Dieu avait voulu pour toi

Ce Golgotha inversé dans la pluie du vieux novembre

 

 

A ma mort qu’il n’y ait pas d’ange

                                               mais qu’il me soit donné

D’entendre encore une fois la mésange de l’âme

Et le rossignol qui a égrené si souvent

                                               ses trilles autour de mon cœur

Que je sois seul moi aussi

 

 

Mais que s’ouvre l’air à ma bouche

Que vienne une dernière fois le vent que j’ai bu

Avec l’avidité d’un enfant qui tête

Et que mes os commencent à descendre avec lenteur

Dans la terre printanière

 

 

Je bois la mort maintenant

L’eau de la mort

J’ai les seins du vide aux dents

Et les regrets du corps aimé

                                               en creux dans l’ombre sonore

Ah Mozart chante encore à mon cœur sans forme

Ce chant céleste où toi et moi

N’avons part dans nos espaces

 

Le Temps sans temps

le cherche midi éditeur, 1995

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