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Don de l’ivresse

 

III

 

     Le chêne, qui conserve mieux un rayon

de soleil qu’un mois entier de printemps,

ne sent pas la spontanéité de son ombre,

la simplicité de sa croissance ; c’est à peine

s’il connaît le terrain sur lequel il a poussé.

Avec ce vent qui laisse sur ses branches

une absence de musique, il imagine

pour ses rêves un vaste plateau.

Et avec quelle rapidité il s’identifie

au paysage, à l’âme tout entière

de sa frondaison et de moi-même.

Il irait jusqu’au ciel si ce n’était

pour la sève qui le lie encore à l’arbre.

Ce jour viendra. Entre-temps, il écoute

le bruit des oiseaux dans leurs vols,

celui léger du bouvreuil, celui fortement ailé

de l’outarde, vigilant et clair.

Je suis comme lui. Ah, chêne au bois

plus sombre encore que celui du rouvre,

qui me comble de joie, joie si intense

quelques instants avant le crépuscule,

redoublée maintenant. Comme l’avoine

que l’on sème à la volée, et qu’importe

si elle tombe ici où là si c’est sur la terre,

l’ardeur contenue de la pensée peu à peu

s’infiltre dans les choses, les entrouvrant

pour y laisser sa splendeur, et leur donner

ensuite un nouvel éclat intérieur.

C’est vrai, car sans moi, que saurait

le chêne de la mort ? Réels sont chez lui

l’intimité, l’instinct, la spontanéité

de l’ombre ô combien fidèle ? Réelle est

ma vie ainsi, dans ses feuilles persistantes

au cœur de ce printemps à moitié déchiffré ?

 

IX

 

     Comme si jamais elle ne m’avait appartenu,

à l’air offrez ma voix et que dans l’air

elle soit à tous et que tous la sachent

comme on sait un matin ou un soir.

Avril ne va pas sur la seule branche,

de même l’eau n’attend pas le seul étiage.

Qui pourrait dire que le vent lui appartient,

et la lumière, et le chant des oiseaux

où la saison exulte, plus encore quand,

la nuit venue, elle brûle dans les peupliers

avec une si dangereuse retenue ?

Que tout finisse ici, que tout finisse

une fois pour toutes ! La fleur vit

si belle parce qu’elle vit peu de temps

et pourtant, comme elle se donne, entière,

oubliant la fleur qu’elle est pour devenir

élan d’offrande. Hiver, bien que

le printemps ne te suive pas, tire

de mon corps ce qui est mien et sème-moi,

pollen inutile qui se perd dans la terre,

mais qui a été de tous et de personne.

Sur le désert immense, le serein

est pinède dans l’air, air dans l’air,

serein pour ma seule sécheresse.

Sur la voix qui va creusant son lit,

quel sacrilège ce corps, corps

qui ne peut être hostie d’offrande.

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet

In, «Poésie espagnole,  Anthologie 1945 – 1990 »

Actes Sud / Editions Unesco, 1995

Du même auteur : Parce que nous ne possédons rien / Porque no poseemos (04/09/2018)

 

 

Don de la ebriedad

 

III

 

La encina, que conserva más un rayo

de sol que todo un mes de primavera,

no siente lo espontáneo de su sombra,

la sencillez del crecimiento; apenas

si conoce el terreno en que ha brotado.

 

Con ese viento que en sus ramas deja

lo que no tiene música, imagina

para sus sueños una gran meseta.

Y con qué rapidez se identifica

 

con el paisaje, con el alma entera

de su frondosidad y de mí mismo.

Llegaría hasta el cielo si no fuera

porque aún su sazón es la del árbol.

Días habrá en que llegue. Escucha mientras

el ruido de los vuelos de las aves,

el tenue del pardillo, el de ala plena

de la avutarda, vigilante y claro.

Así estoy yo. Qué encina, de madera

más oscura quizá que la del roble,

levanta mi alegría, tan intensa

unos momentos antes del crepúsculo

y tan doblada ahora. Como avena

que se siembra a voleo y que no importa

que caiga aquí o allí si cae en tierra,

va el contenido ardor del pensamiento

filtrándose en las cosas, entreabriéndolas,

para dejar su resplandor y luego

darle una nueva claridad en ellas.

Y es cierto, pues la encina ¿qué sabría

de la muerte sin mí? ¿Y acaso es cierta

su intimidad, su instinto, lo espontáneo

de su sombra más fiel que nadie? ¿Es cierta

mi vida así, en sus persistentes hojas

a medio descifrar la primavera?

 

IX

 

Como si nunca hubiera sido mía,

dad al aire mi voz y que en el aire

sea de todos y la sepan todos

igual que una mañana o una tarde.

Ni a la rama tan sólo abril acude

ni el agua espera sólo el estiaje.

¿Quién podría decir que es suyo el viento,

suya la luz, el canto de las aves

en el que esplende la estación, más cuando

llega la noche y en los chopos arde

tan peligrosamente retenida?

¡Que todo acabe aquí, que todo acabe

de una vez para siempre! La flor vive

tan bella porque vive poco tiempo

y, sin embargo, cómo se da, unánime,

dejando de ser flor y convirtiéndose

en ímpetu de entrega. Invierno, aunque

no est‚ detrás la primavera, saca

fuera de mí lo mío y hazme parte,

inútil polen que se pierde en tierra

pero ha sido de todos y de nadie.

Sobre el abierto páramo, el relente

es pinar en el pino, aire en el aire,

relente sólo para mi sequía.

Sobre la voz que va excavando un cauce

qué sacrilegio este del cuerpo, este

de no poder ser hostia para darse.

 

 

Don de la ebriedad

Ediciones Rialp (Adonais), Madrid, 1953

Poème précédent en espagnol :

Luis Mizón : Arbre /Árbol (05/08/2019)