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 Du printemps

 

La froidure paresseuse

De l'hiver a fait son temps :

Voici la saison joyeuse

Du délicieux printemps.

 

La terre est d'herbes ornée,

L'herbe de fleurettes l'est ;

La feuillure retournée

Fait ombre dans la forêt.

 

De grand matin, la pucelle

Va devancer la chaleur

Pour de la rose nouvelle

Cueillir l'odorante fleur ;

 

Pour avoir meilleure grâce,

Soit qu'elle en pare son sein,

Soit que présent elle en fasse

A son ami de sa main ;

 

Qui de sa main l'ayant eue

Pour souvenance d'amour,

Ne la perdra point de vue,

La baisant cent fois le jour.

 

Mais oyez dans le bocage

Le flageolet du berger,

Qui agace le ramage

Du rossignol bocager.

 

Voyez l'onde claie et pure

Se crêper dans les ruisseaux ;

Dedans, voyez la verdure

De ces voisins arbrisseaux.

 

La mer est calme et bonasse ;

Le ciel est serein et clair,

 La nef jusqu'aux Indes passe ;

Un bon vent la fait voler.

 

Les messagères avettes

Font çà et là un doux bruit,

Voletant par les fleurettes

Pour cueillir ce qui leur duit.

 

En leur ruche elles amassent

Des meilleures fleurs la fleur :

C'est à fin qu'elles en fassent

Du miel la douce liqueur.

 

Tout résonne des voix nettes

De toutes races d'oiseaux :

 Par les champs, des alouettes,

Des cygnes dessus les eaux.

 

Aux maisons, les arondelles,

Les rossignols dans les bois,

En gaies chansons nouvelles

Exercent leurs belles voix.

 

Doncques, la douleur et l'aise

De l'amour je chanterai,

Comme sa flamme ou mauvaise,

Ou bonne, je sentirai.

 

Et si le chanter m'agrée,

N'est-ce pas avec raison,

Puisqu'ainsi tout se recrée

Avec la gaie saison ?

 

Passe-Temps, 1573

 

Du même auteur : « Ô doux plaisir ... » (22/08/2018)