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Les gazelles de Yamsuf

 

S’obstine le soleil couchant, astre tenace,

Demeurer à Yamsuf, quand surgissent le soir

Vers le palais des eaux les gazelles, de grâce

Et de rose innocent, pour apaiser leur soif.

 

De leurs ombres de soie se défont sur la rive

Et lèchent à Yamsuf des anneaux de fraîcheur.

Longs visages de violons. Il leur arrive

D’épouser le silence en noces de douceur.

 

A la fin elles fuient. Des taches roses sèchent

Dans le sable, un regret qui survit au reflux

Suit les gazelles du couchant, celles qui lèchent

Le silence de ceux qui déjà ne sont plus.

 

 

Traduit du yiddish par Charles Dobzynski,

in « Anthologie de la poésie yiddish, Le miroir d’un peuple »,

Éditions Gallimard, 2000.

Du même auteur :

Les juifs gelés (13/08/2014)

Paysage de fin de nuit (17/07/2016)

Dans la hutte de neige (16/08/2017)

Pelisse de feu (16/08/2018)