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Le témoin

A Robert Margerit

 

Je parle pour des morts qui furent bergers

D’âpres vies mais porteurs de légendes,

Dont les rêves traînaient des enfances légères,

Des miracles dans les labours émergeants,

Et dont les mains savaient tenir toute la terre

Dans une pierre, un sein, une fougère.

Je parle pour une terre bleue très ancienne

Qui bat avec mon sang, qui teinte mon regard,

Ses collines ont lié sur mon cœur leur liane

Plus fort que les bras passagers de l’amour.

Je parle pour qui viendra demain jeune et dansant

Sur les chemins où mon ombre fut jeune

Et se penchera vers ces prairies et ces villages

Comme on se penche sur une femme pour l’amour.

 

Une voix

Editions Gallimard, 1956

Du même auteur :

A mi–voix (16/11/2015)

Vocabulaire (16/11/2016)

« Je ne suis que cet enfant... » (15/08/2018)