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Malgré moi je me souviens des mansardes sombres

Où l’ennui accrochait un sourire figé,

Des linges qui sèchent au-dessus de l’âtre,

De la cuvette usée et des vitres chevrotantes.

 

Malgré moi, j’ai pitié des cours profondes et visqueuses

Sans oiseaux, sans feuilles tourbillonnantes

Et du pétrin invisible qui geint en bas

Nuit et jour, comme un forçat enterré.

 

Malgré moi, j’ai pitié des vieilles repasseuses

Aux jambes lourdes, aux yeux rougis

Et de l’ivrogne rentré tard qui bat sa femme

Dans l’entresol fumeux.

 

Malgré moi, j’ouvrirai encore ma mémoire

Sur de vieux oripeaux, de vieux airs, une pluie

Vieille comme le monde

Qui, aux fenêtres hautes, délayait la suie.

 

Il serait bon encore de rêver dans l’obscur,

La joue contre le plâtre froid, le menton sur le poing,

Et d’attendre, sachant qu’il ne viendra personne,

Attendre, très tard, perdu dans le nuage énorme de la misère.

 

Il serait bon d’être encore penché

Sur l’escalier au froid remugle,

Attentif aux soupirs, aux tintements furtifs,

Avec la faim, qui joue à cache-cache derrière les tempes.

 

Il serait bon de croire que les maisons vont fondre

Dans le brouillard qui, tôt le soir, vient les saisir ;

Que les hommes demain seront nus et visibles

Que tout peu s’arranger avec un peu d’amour.

 

Le poète restitué

Le pain blanc, éditeur, 1941

 

Du même auteur : Il faudrait être encore plus simple (18/09/2016)