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Se lever tôt, se coucher tard,

restreindre l’espace de réparation

 

retrouver

                    le souffle des mots perdus

hors de la cage d’air

 

comme un cheval qui se bat

contre les taons, le hasard,

contre les mouches

                                   et le noir

 

avec les contre-cages odorantes

avec les insectes doux

d’un visage de femme-enfant

 

qui se glissent, qui se jouent

entre les branches

                                   et la soif

*

Je suis sans identité

 

comme, coupant, par les bois

le pas d’un autre,

                                   toujours

un autre, à la fin,

par les bois

 

l’étirement de la peur

dans le poignet, les veines

alanguies des bras

 

ma mort, sans l’avoir vécue,

elle, sans voix, me tirant...

 

toute l’eau du ciel dans les

feuilles de la forêt, dans

la résonnance des pierres

 

empêchée d’écrire – écrivant

ce qui me tue

 

sans une goutte de sang

*

Le poète – il n’existe pas –

est celui qui change

de sexe comme de chemise

 

une humide contre une sèche,

une rose contre un caillou

et vice vers...

                         précipice

un feu de branches déjà vertes...

 

quelles fleurs pourraient surgir

rien ne presse

 

que le pas

                  l’ombre

qu’il jette

*

Les mots me manquent pour jouir

du chèvrefeuille, du jasmin

 

frappé par le vent violent

le sol brille     le jour bat

je suis aveugle – et – lié

 

à ta voix indestructible

qui compte le vide des pas

 

 

sous les fibres de l’image

le mot relance la mort

                       de la déesse calcaire...

 

Le corps vient de rajeunir     le souffle

de s’éparpiller

 

Le grésil

P.O.L. éditeur, 1996

Du même auteur :

 « j’ai cru rejoindre par instants… » (28/06/2014)

Grand vent (27/06/2015)

« Expérience sans mesure… » (28/06/2016)

Le règne minéral (28/07/2017)

Chapurlat (28/07/2018)