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XVI

 

Notre dab qu’on dit aux cieux,

 

(C’est y qu’on n’pourrait pas s’entendre !)

 

Notre daron qui êt’s si loin

Si aveug’, si sourd et si vieux,

(C’est y qu’on n’pourrait pas s’entendre !)

 

Que Notre effort soit sanctifié,

Que Notre Règne arrive

À Nous les Pauvr’s d’pis si longtemps,

 

(C’est y qu’on n’pourrait pas s’entendre !)

 

Su’ la Terre où nous souffrons

Où l’on nous a crucifiés

Ben pus longtemps que vot’ pauv’ fieu

Qu’a d’jà voulu nous dessaler.

 

(C’est y qu’on n’pourrait pas s’entendre !)

 

Que Notre volonté soit faite

Car on vourait le Monde en fête,

D’ la vraie Justice et d’ la Bonté,

 

(C’est y qu’on n’pourrait pas s’entendre !)

 

Donnez-nous tous les jours l’ brich’ton régulier

(Autrement nous tâch’rons d’ le prendre) ;

Fait’s qu’un gas qui meurt de misère

Soye pus qu’un cas très singulier.

 

(C’est y qu’on n’pourrait pas s’entendre !)

 

Donnez-nous l’poil et la fierté

Et l’estomac de nous défendre,

 

(Des fois qu’on pourrait pas s’entendre !)

 

Pardonnez-nous les offenses

Que l’on nous fait et qu’on laiss’ faire

Et ne nous laissez pas succomber à la tentation

De nous endormir dans la misère

Et délivrez-nous de la douleur

(Ainsi soit-il !)

 

(Le revenant)

 

Les Soliloques du pauvre

Chez l’auteur, 1897