19 juin 2019

Tahar Ben Jelloun (1944 -) : « Non... »

  Non tu n’es pas du pays de ton enfance tu n’as rien vu tu n’as rien connu ni les murs noirs des prisons ni la terre retournée ni le bordel d’enfants pour homosexuels de l’ Occident ni la main qui se pose sur le regard conscient ni la corde qu’on tresse de ses fibres pour ne pas sangloter à genoux ni le kif qu’on cultive pour vivre   Tu n’as connu de ton pays que la douceur du soleil que vantent les panneaux      publicitaires tu n’as connu de la douleur que la rumeur pas même les mille... [Lire la suite]
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18 juin 2019

Olivier de Magny (1529 – 15961) : « Je cherche paix... »

  Je cherche paix, et ne trouve que guerre, Ores j’ai peur, ores je ne crains rien, Tantôt du mal  et tantôt j’ai du bien, Je vole au ciel et ne bouge de terre.   Au coeur douteux l'espérance j'enserre, Puis tout à coup je lui romps le lien, Je suis à moi et ne puis être mien, Suivant sans fin qui me fuit et m’enferre.   Je vois sans yeux, je cours sans déplacer, Libre je suis et me sens enlacer D'un poil si beau que l'or même il égale :   J’englace au feu, je brûle dedans l'eau,  ... [Lire la suite]
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17 juin 2019

Jean Tardieu (1930 – 1995) : Le tombeau de Monsieur Monsieur

  Le tombeau de Monsieur Monsieur   Dans un silence épais Monsieur et Monsieur parlent c'est comme si Personne avec Rien dialoguait.   L'un dit : Quand vient la mort pour chacun d'entre nous c'est comme si personne avait jamais été. Aussitôt disparu qui vous dit que je fus ?   - Monsieur, répond Monsieur, plus loin que vous j'irai : aujourd'hui ou jamais je ne sais si j'étais. Le temps marche si vite qu'au moment où je parle (indicatif - présent) je ne suis déjà plus ce que j'étais... [Lire la suite]
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16 juin 2019

Paul Valéry (1871 – 1945) : Narcisse parle

  Narcisse parle. Narcissæ placandis manibus.     O frères ! tristes lys, je languis de beauté Pour m’être désiré dans votre nudité, Et vers vous, Nymphes, Nymphes, ô Nymphes des fontaines Je viens au pur silence offrir mes larmes vaines.   Un grand calme m’écoute, où j’écoute l’espoir. La voix des sources change et me parle du soir ; J’entends l’herbe d’argent grandir dans l’ombre sainte, Et la lune perfide élève son miroir Jusque dans les secrets de la fontaine éteinte.   Et... [Lire la suite]
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14 juin 2019

Roger Milliot (1927 – 1868) : Qui ?

  Qui   Qui parle en moi, qui me regarde, d’où ? Qui dit le bien, le mieux, le pire ? Qui veut l’amour, qui nie l’amour ? Qui perce des issues, qui ouvre des gouffres ? Qui se sent étranger ? Qui habite le vide Où ce grand cri résonne ? Qui tient haut les étoiles ? Qui veut la vie, qui veut la mort ? Décembre 1966   Qui ? Edition complète et définitive Mostra del Larzac, 1969 Du même auteur : Pour une mort choisie (08/07/2014) « Je me forçais à naître chaque jour… »... [Lire la suite]
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14 juin 2019

Michel Dugué (1946 -) : « Mais la douleur s’avoue vivace... »

        ..... Mais la douleur s’avoue vivace lorsqu’un subtil éclairage attendrit les eaux. Chaque pierre tressaille comme au sortir d’un malaise ou d’une période de mutisme. Le ciel déverse ses bleus, ses mauves, ses blancs. Enrobe les rives, y met de l’air et des rumeurs. C’est d’un retour qu’il s’agit où le regard se libère de trop d’insistance. De celle qui, par exemple, nous fait prendre une nappe de brume pour un linceul ou le cri d’un goéland pour un funeste oracle.   Mais il y a la mer ... [Lire la suite]
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13 juin 2019

Yves Bonnefoy (1923 – 2016) : La pluie sur le ravin

  La pluie sur le ravin   I Il pleut, sur le ravin, sur le monde. Les huppes Se sont posées sur notre grange, cimes De colonnes errantes de fumée. Aube, consens à nous aujourd'hui encore.   De la première guêpe J'ai entendu l'éveil, déjà, dans la tiédeur De la brume qui ferme le chemin Où quelques flaques brillent. Dans sa paix Elle cherche, invisible. Je pourrais croire Que je suis là, que je l'écoute. Mais son bruit Ne s'accroît qu'en image. Mais sous mes pas Le Chemin n'est plus le chemin, rien que... [Lire la suite]
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12 juin 2019

Wisława Szymborska (1923 – 2012)) : Ca va sans titre / Może być bez tytułu

  Ca va sans titre   On en est arrivé là : je suis assise sous un arbre, au bord d’une rivière, un matin de soleil. C’est un évènement anodin que ne retiendra pas l’histoire. Ni une bataille, ni un pacte dont on sonde les motivations, ni le meurtre mémorable d’un tyran.   Et pourtant me voilà assise, c’est un fait. Et puisque je suis ici, près de la rivière, je serai bien venue ici de quelque part, sans dire qu’auparavant j’aurai séjourné dans pas mal d’autres endroits. Tout comme les grands... [Lire la suite]
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11 juin 2019

Abd al -ʿAziz al -Maqālih (1939 -) / المقالح, عبد العزيز : Télégrammes de désir à Sanaâ

  Télégrammes de désir à Sanaâ   Premier : Chaque jour, lorsque je donne loisir à mon esprit      de déposer ses soucis, quand je m’embarque sur les vaisseaux des souvenirs, je te vois montante, tel le sang dans mes veines,                               telle un arbre dans mon sang... et je vois les murailles des remparts qui nous séparaient ... [Lire la suite]
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10 juin 2019

David - Herbert) Lawrence (1885 – 1930) : La lande sauvage / The wild common

  La lande sauvage     Les vives étincelles sautent dans les ajoncs Petits jets de soleil pareils à des flammes. Au-dessus, exultants, les vanneaux filent : Ils ont vaincu le temps une fois encore, leur clameur l’annonce.   Les lapins, poignées de terre brune, gisent En boule sur le morne gazon qu’ils ont brouté à vif. Dorment-ils ? – vivent-ils ? – Voyez donc, lorsque je Bouge les bras, la colline exploser, soulevée par la détente de leur ruade !   La lande crâne... [Lire la suite]
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