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  ..... Mais la douceur s’avoue vivace lorsqu’un subtil éclairage attendrit les

eaux. Chaque pierre tressaille comme au sortir d’un malaise ou d’une période

de mutisme. Le ciel déverse ses bleus, ses mauves, ses blancs. Enrobe les rives,

y met de l’air et des rumeurs. C’est d’un retour qu’il s’agit où le regard se libère

de trop d’insistances. De celle qui, par exemple, nous fait prendre une nappe de

brume pour un linceul ou le cri d’un goéland pour un funeste oracle.

 

 

... La pluie accourt de l’ouest. Elle a dû aborder la presqu’île avec la vigueur

d’un fouet. Elle avance par rangs serrés. Haletant dans son désir de croître.

Elle laisse sous elle une lumière pâle qui parfois s’emmêle à ses plus hauts

moments. Et pareille à une torche va lessiver les nuages. L’eau rejoint l’eau. Le

visage est une rigole de larmes. Les pierres se dorent de rouille. La mer ne veut

pas noircir. Les oiseaux crachent du blanc. Ce sont des cheminées qui fument.

Ici n’est pas pays de neige mais quelque chose qui s’en approche. Nous

pouvons tendre les mains. Elles se referment sur le souvenir de ce qui fut. La

pluie est ce que je ne peux dire. Elle a des traînes mais point de clameurs.

S’évapore avant même d’être au sol. Après quelques heures, elle acquiert une

régularité. Sa vigueur s’est transmuée en pendule. Je peux alors la toucher du doigt.

 

 

Mais il y a la mer

Le Réalgar-Editions, 42000 Saint Étienne, 2018

Du même auteur :

« Aucun de nous … » (28/03/2016)

Nocturnes (14/06/2020)