18 mai 2019

Angel González (1925 - 2008) : Le vaincu / El derrotado

  Le vaincu   Loin derrière sont les décombres : ta maison, en pans fumants, les étés incendiés, le sang séché, ta maison , et ton sang où s’abat - comme un dernier vautour – le vent. Toi tu vas de l’avant, tu t’achemines vers l’avenir, ce temps qui mérite son nom. Tu t’en vas parce que tu n’as plus rien, tu n’as plus de patrie (et tu n’en auras plus) car ton cœur déshabillé ne peut plus s’enraciner nulle part. Bien que ce soit très simple, tu ne pourras jamais plus franchir une grille et ne... [Lire la suite]
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16 mai 2019

Paul Verlaine (1844 – 1866) : « Le son du cor... »

  Le son du cor s'afflige vers les bois D'une douleur on veut croire orpheline Qui vient mourir au bas de la colline Parmi la bise errant en courts abois.   L'âme du loup pleure dans cette voix Qui monte avec le soleil qui décline D'une agonie on veut croire câline Et qui ravit et qui navre à la fois.   Pour faire mieux cette plaine assoupie La neige tombe à longs traits de charpie A travers le couchant sanguinolent,   Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne, Tant il fait doux par ce soir... [Lire la suite]
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16 mai 2019

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont (1846 – 1870) : « C’était une journée de printemps... »

       C’était une journée de printemps. Les oiseaux répandaient leurs cantiques en gazouillements, et les humains, rendus à leurs différents devoirs, se baignaient dans la sainteté de la fatigue. Tout travaillait à sa destinée : les arbres, les planètes, les squales. Tout, excepté le Créateur ! Il était étendu sur la route, les habits déchirés. Sa lèvre inférieure pendait comme un câble somnifère ; ses dents n’étaient pas lavées, et la poussière se mêlait aux ondes blondes de ses... [Lire la suite]
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14 mai 2019

Frédéric-Jacques Temple (1921-) : Opelousas

    Opelousas   Je vous écris du cœur profond de la Louisiane                     désolée de tant de mousse                          en pleurs parmi les cyprès avortés des marécages d’ombre aux fétides effervescences. Des fantômes de masure se lamentent ... [Lire la suite]
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14 mai 2019

Jean-Claude Pirotte (1939 – 2014) : Blues du déraciné

  Blues du déraciné   mon nom je l’ai perdu donnez-moi donc le nom que vous donnez générique et banal au peuple déplacé qui va de rue en rue de taudis en taudis   donnez-le-moi ce nom celui d’un père assassiné d’un frère embastillé d’une fiancé noire au corps vendu mon nom perdu rendez-le moi rendez   son nom d’homme au pauvre Gaspard Hauser mais vous n’écoutez pas la plainte des lèvres tuméfiées ni le crépi- tement des flammes autour de minuit   nous ne pouvons même pas incendier la... [Lire la suite]
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13 mai 2019

Giuseppe Ungaretti (1888 – 1970) : J’ai tout perdu / Tutto ho perduto

  J’ai tout perdu   J’ai tout perdu de l’enfance, Jamais plus je ne pourrai Perdre mémoire à crier.   L’enfance, je l’ai enfouie Au fond des nuits. A présent, lame invisible, Elle me coupe de tout.   Je me souviens comment j’exultais de t’aimer, A présent je suis perdu Dans l’illimité des nuits.   Désespoir incessant, croissant, La vie ne m’est plus rien, En travers de la gorge, Qu’un roc de cris.   Traduit de l’italien par Philippe Jaccotet In, Giuseppe Ungaretti : « Vie... [Lire la suite]
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12 mai 2019

Charles Baudelaire (1821 – 1867) : L’Invitation au voyage

  L’Invitation au Voyage          Mon enfant, ma sœur,      Songe à la douceur D’aller là-bas vivre ensemble !      Aimer à loisir,      Aimer et mourir Au pays qui te ressemble !      Les soleils mouillés      De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes      Si mystérieux      De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs... [Lire la suite]
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11 mai 2019

Francisco Brines (1932 -) : Le pacte qui me reste

  Le Pacte qui me reste   Comment rendre à ma vie la lumière du matin, les larmes nocturnes, la frayeur de la mer, les silences du merle, le temps d’un soirée interminable ?   Et comment rendre leurs différences à la douleur et au bonheur, et les aimer tous deux d’égale façon car ne sont-ils pas le piment de la vie ?   Quand l’âge devient un naufrage, que le jour est un pétale, et qu’il reste peu de roses, il est impossible que le monde soit exhumé.   Trouve-toi deux yeux,... [Lire la suite]
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10 mai 2019

Léon-Paul Fargue (1876 – 1947) : Rappel

      Rappel        Il aime à descendre dans la ville à l’heure où le ciel se ferme à l’horizon comme une vaste phalène. Il s’enfonce au cœur de la rue comme un ouvrier dans sa tranchée. La cloche a plongé devant les fenêtres et les vitrines qui s’allument. Il semble que tous les regards du soir s’emplissent de larmes. Comme dans une opale, la lampe et le jour luttent avec douceur.      Des conseils s’écrivent tout seuls et s’étirent en lettres de... [Lire la suite]
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09 mai 2019

Pierre de Ronsard (15824 – 1585) : A un bel aubépin

  A un aubépin   Bel aubépin, fleurissant,           Verdissant Le long de ce beau rivage,   Tu es vêtu jusqu'au bas           Des longs bras D'une lambruche sauvage.   Deux camps de rouges fourmis           Se sont mis En garnison sous ta souche. Dans les pertuis de ton tronc           Tout du long Les avettes ont... [Lire la suite]
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