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 Inconnus mais pas étrangers

 

Depuis longtemps nos langues nous séparent

malgré les montagnes

les plaines

les rivières

 

que nous avons grimpées

traversées

longées

 

depuis longtemps nos dieux nous séparent

malgré le désert

le ciel

la mer

 

que nous avons priés

 

le pommier est-il l’étranger du pin

l’oranger, celui du chêne

 

le reflet du peuplier dans la rivière de Castille

est-il plus clair que celui du bouleau

 

dans un lac de Finlande

 

la neige qui tombe à Odense

au Danemark

le jour de Noël

est-elle plus blanche

 

que celle qui tombe des rêves du Touareg

à Bamako

le jour de l’Aïd

 

la lune que je contemple ce soir

dans l’hémisphère nord

est-elle plus ronde

 

que celle qu’on ne voit pas ce soir

dans l’hémisphère sud ?

 

Depuis longtemps nos langues nous attirent

grâce aux pains

aux chants

 

que nous partageons

autour de la même table

 

et la main qui m’ouvre le chemin

dans ce pays où je me perds

 

m’est plus proche

que celle qui menace

dans mon pays où l’on se perd

 

dès que de l’autre côté de la route

qui relie nos rivages

nos quartiers

dans notre ville

de notre pays

 

ils font de l’inconnu

un étranger.

 

Une île en terre

Editions Bruno Doucey, 2016

Du même auteur :

 « Seule la mer éclaire ton visage… » (16/05/2014)

« Ma mère… » (16/05/2015) 

Enez Aval (16/05/2016)

Saint-Michel de Brasparts (16/05/2017)

Vue sur le Mont (07/05/2018)